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Le Calendrier de l'Avent 2017 c'est par ici !!

10 Décembre


Ce cadeau vous est offert par Harue Cendre Elven.
L’amoureux de Noël
2. … et aussi le mien.



Après la mort de Maribel, il y a maintenant deux ans, la vie n’a pas été simple. Nous avons déménagé trois fois, j’ai changé de travail quatre fois et Noëlie est toujours Noëlie. Malgré les hauts et les bas, elle reste ma petite chipie aux cheveux sombres et aux yeux verts malicieux. Lorsque je la vois tous les matins, mon cœur se réchauffe de bonheur et je me dis que tout ce que je fais, je le fais pour elle.
L’appartement que j’ai trouvé, dans cette petite ville des Vosges, est bien pour nous deux. Il se situe à côté de l’école et des commerces, presque en plein centre-ville. Il est spacieux, comporte deux chambres et a un espace de vie assez grand. Noëlie était si heureuse d’avoir enfin sa propre chambre. On a passé deux jours à l’aménager comme elle le souhaitait. Le travail, lui, est intéressant, avec des horaires parfaits pour récupérer Noëlie à l’école… enfin ça, c’était sur le papier. En juillet, j’espérais que l’on allait enfin pouvoir se poser et reconstruire quelque chose de durable. Sauf que, depuis la rentrée, je n’arrive pas à être à l’heure pour la récupérer à la sortie de l’école. Il y a toujours un appel téléphonique de dernière minute, un rapport à rendre, une réunion qui s’éternise, un collègue qui a besoin d’aide ou tout simplement moi, qui ne sais pas être à l’heure…
Le premier jour, Noëlie m’a attendu sagement dans la cours assise sur un banc, puis le second, puis le troisième... Je me suis fait gronder comme un enfant par Monsieur Pinson et sa maîtresse, Madame Lafargue, qui m’ont gentiment dit de prendre une nounou si je n’étais pas capable de venir chercher ma fille à l’heure. Je me suis senti si misérable, mais Noëlie m’a dit :
— Tu sais Papa, c’est pas grave, j’aime bien l’air de la montagne.
Les parents de Sabrina, sa nouvelle meilleure amie, m’ont proposé de la récupérer et de l’inscrire au cours de danse avec leur fille. Une bonne idée. Noëlie semblait avoir très envie d’apprendre la danse classique. Mais avant que je ne puisse décider de la meilleure solution, Noëlie en a trouvée une autre.
La première fois que je suis arrivé à l’école et que Monsieur Pinson m’a dit que Madame Claudel avait récupéré ma fille comme d’habitude, j’ai été surpris. J’ai décroché mon téléphone pour l’appeler. Nous n’avions pas prévu que Noëlie irait chez eux ce jour-là. Elle m’a confirmé qu’elle n’était pas avec Sabrina et qu’elle devait juste la déposer devant chez elle, car j’étais à l’appartement en train de travailler. Pris de panique, j’ai remercié Eugénie et j’ai couru à l’appartement, sauf qu’en arrivant devant la pâtisserie en bas de chez nous, je l’ai vue : assise à une des petites tables du salon en train de boire un grand verre de lait. Je suis rentré, essoufflé de ma course, et Noëlie m’a accueilli avec son grand sourire.
— Papa !!
J’ai alors rencontré Linda. Une jeune femme magnifique aux longs cheveux blonds attachés en chignon et aux yeux bleu translucide. Elle m’a dit s’occuper avec son frère de la pâtisserie et qu’elle avait été surprise de voir rentrer Noëlie seule. Mais la petite demoiselle lui avait certifié qu’elle devait attendre ici que son papa vienne la chercher. Comme elle était si sûre d’elle, Linda lui a donné un verre de lait et quelques biscuits aux amandes. J’ai récupéré ma fille en remerciant chaleureusement Linda et j’ai payé avant de partir.
Une fois à la maison, j’ai grondé Noëlie, mais elle m’a certifié que le plus simple maintenant, ce serait qu’elle ait un double des clés pour que la maman de Sabrina la dépose et qu’elle m’attende à la maison. Devant tant de maturité, j’ai été désarmé, puis j’ai dit non.
— Tu ne peux pas rester toute seule à la maison.
— Pourquoi ?
— Parce que tu dois être constamment en présence d’un adulte.
— Mais… je pourrais rester sage et attendre que tu rentres.
— Non.
Je pensais mon non ferme et définitif.
Ce qui fut le cas.
Le lendemain, je retrouvais Noëlie à la pâtisserie. Elle m’a regardé avec son air sûr d’elle et m’a dit :
— Je peux t’attendre ici, Linda est une adulte.
J’ai alors regardé Linda, qui ne cessait de sourire. Elle m’a dit que ça ne la dérangeait pas que Noëlie s’installe dans un coin. Je crois que je lui ai fait pitié. Mais je ne voulais pas faire pitié. Je ne voulais pas qu’on me connaisse comme étant le père veuf et célibataire qui laissait son enfant toute seule à la pâtisserie faute d’arriver à l’heure pour la récupérer à l’école.
Ne souhaitant donc pas passer pour un mauvais père, j’ai essayé d’être à l’heure. Peine perdue. Je retrouvais toujours Noëlie au même endroit, le sourire aux lèvres et le regard malicieux.
Un jour, alors qu’il pleuvait à torrent, je suis rentré dans la pâtisserie, dégoulinant et frigorifié. Encore peu habitué au temps changeant de la montagne, je n’avais pas fait attention à la météo. Pourtant, on était début octobre et j’aurais dû me douter que le soleil ne resterait pas au rendez-vous. Surtout que Noëlie avait enfilé bottes et imperméable.
Je m’attendais à tomber sur Linda, mais ce ne fut pas le cas. À la place de la jolie pâtissière, il y avait un homme, grand, d’une carrure assez imposante, des cheveux blonds coupés très courts, et un regard bien plus bleu que celui de Linda. J’ai tout de suite su que c’était son frère. Et mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. Linda était une très belle femme, mais son frère avait quelque chose en plus. Cela faisait longtemps que je n’avais pas craqué pour un homme. Depuis la fac. Avant de rencontrer Maribel.
J’ai été surpris, puis dérouté, et enfin confus.
— Bonjour, je suis Quentin. Linda m’a parlé de vous.
— Bonjour, Eric. Le père de Noëlie, qui ne veut plus quitter votre pâtisserie.
— J’ai cru comprendre en effet. Elle est adorable.
Il s’est tourné vers Noëlie, qui nous regardait en souriant et grignotant un biscuit. J’ai pu le détailler un peu plus et confirmer qu’il était tout à fait mon genre. En fait, il était même plus que mon genre. J’ai rapidement réprimé ce sentiment pour que ça ne se remarque pas.
Maribel avait été l’amour de ma vie. Elle savait tout de moi. Y compris le fait que j’étais autant attiré par les hommes que par les femmes, vu que lorsque je l’ai rencontré, je sortais d’une aventure désastreuse avec le frère de sa meilleure amie. Elle me disait toujours en souriant qu’elle était heureuse d’avoir été présente ce jour-là. Et surtout d’avoir été celle que j’avais choisie pour dire oui. Quand je l’ai perdue, j’ai su que jamais je ne retrouverais quelqu’un comme elle. Aussi altruiste, compréhensive, attentionnée, aimante…
— Je suis tellement désolé qu’elle vienne tous les jours.
— Cela amuse Linda. Elle adore s’occuper de votre fille.
Comment rester calme quand votre cœur tambourine dans votre poitrine sans que vous ne puissiez l’arrêter ?
J’ai récupéré Noëlie et j’ai payé son goûter en remerciant Quentin, avant de quitter la pâtisserie le rouge aux joues. En rentrant, Noëlie m’a même demandé si j’étais malade. Malade ? Non. Amoureux ? Non plus. Intéressé ? Ma raison non, mais mon corps oui.
Après ça, j’ai réussi à être quelques jours à l’heure, mais je voyais bien que Noëlie était triste de ne plus aller à la pâtisserie. Sauf que moi, j’en étais ravi. Eviter Quentin était devenu une obsession. Il ne manquerait plus qu’il découvre qu’il m’intéressait. Nous étions venus ici pour nous créer une nouvelle vie, pas pour que ma fille se retrouve affublée d’un père homo. Surtout que, dans une petite ville comme celle-ci, je ne savais pas trop comment cela serait pris.
Néanmoins, les habitudes ont la vie dure, et j’ai recommencé à être en retard, et Noëlie est retournée à la pâtisserie. Bien que Linda soit présente au comptoir, Quentin était souvent en train de discuter avec elle. J’ai pris sur moi, j’ai fait comme si de rien n’était. Mais je ne suis pas quelqu’un de discret. Maribel me disait souvent qu’on lisait en moi comme dans un livre ouvert. Noëlie aussi arrive souvent à me déchiffrer. Et pourtant, elle n’a que six ans et demi. Ce ne fut donc pas une surprise lorsque Quentin en a fait de même. Sauf que je ne m’attendais pas à que ça finisse par une sortie au cinéma, puis par un restaurant, et encore un cinéma…
Il a vite compris que je ne voulais pas que Noëlie sache pour nous deux. Il m’a dit qu’il comprenait. Sauf que les semaines passant, je voyais bien que ça le dérangeait. C’est un homme entier. Et surtout, il assume ce qu’il est.
Malgré cela, je ne savais pas comment annoncer à ma fille que son papa sortait avec un autre homme. Et surtout, je ne voulais pas qu’elle croie que j’avais oublié sa maman. Que je souhaitais la remplacer. Personne ne pourrait remplacer Maribel.
Linda était au courant et occupait souvent Noëlie pendant que nous prenions le temps de discuter tous les deux. J’avais envie d’embrasser Quentin à chaque fois que je le voyais. Il a cette odeur constante de cassonade et de crème pâtissière. Et ses bras me manquaient, surtout après une dure journée de travail. J’avais juste envie de me caler contre son torse, de respirer son odeur et de mettre ma tête dans son cou en savourant son étreinte rassurante. Mais, à la place, je récupérais Noëlie en souriant, et nous rentrions chez nous en discutant de sa journée.
Mon téléphone n’a jamais autant reçu de texto. J’ai été obligé de le mettre en silencieux pour que Noëlie arrête de me demander qui c’était. Je m’étais promis de ne jamais mentir à Noëlie, je l’avais promis à Maribel et c’était ce que je faisais, de plus en plus souvent.
La première à comprendre ce qui se passait fut Anna, la baby-sitter. Normal, me direz-vous. La baby-sitter finit toujours par tout savoir, vu que c’est elle qui garde votre enfant pendant que vous sortez. Puis Emeline, ma collègue. La personne avec qui je passe toute mes journées, dans le même bureau et avec qui je parle beaucoup de Noëlie. Elle a deux enfants plus vieux que la mienne. Je récupère de précieux conseils. C’était donc quasiment impossible qu’elle ne remarque pas que j’avais changé. Je faisais soi-disant plus attention à la façon dont je m’habillais, je lui demandais des conseils de restaurants… bref, je me suis fait griller.
J’ai aussi fini par en parler à ma mère, qui m’a dit que j’avais le droit de refaire ma vie et que Noëlie comprendrait si je lui expliquais. Ma mère a toujours été compréhensive. Mon père moins. Beaucoup moins. Ce qui a causé le divorce de mes parents et sa disparition totale de ma vie. Je l’ai quand même invité à mon mariage avec Maribel, parce qu’elle m’avait dit que ce serait le bon moment pour se réconcilier. En réponse, j’ai reçu une carte me disant qu’il ne voulait plus entendre parler de moi et qu’il vivait heureux avec sa nouvelle famille. Nous ne l’avons pas prévenu de la naissance de Noëlie. Et pour ma fille, son grand-père est mort.
Noël se rapprochait à grand pas. Ma mère voulait venir avec la mère de Maribel pour le premier de l’an. Les deux femmes s’étaient rapprochées depuis mon mariage avec Maribel et je savais qu’elles passaient énormément de temps au téléphone l’une avec l’autre. Alors savoir qu’elles avaient décidé de débarquer toutes les deux pour le premier de l’an ne me surprenait pas. Mais apprendre qu’en plus de ça, elle voulait rencontrer le fameux Quentin dont parlait tellement Noëlie en était une autre. Car oui, ma fille en parlait à tout le temps. Quentin, il cuisine trop bien. Aujourd’hui, Quentin, il m’a fait un chausson aux pommes. Tu sais quoi, papa, Quentin, il a fait une pièce montée aujourd’hui. J’ai pu la voir, elle était trop belle. Quentin par-ci, Quentin par-là. Emeline m’a dit que j’étais jaloux de ma fille. C’est bien possible. Elle, au moins, pouvait lui parler tranquillement, devant tout le monde, comme si de rien n’était. Elle m’a répondu que ça ne tenait qu’à moi que cela change.
Décembre arrivait. Noël. Les cadeaux. Ma mère qui voulait voir Quentin. Ma belle-mère qui voulait voir Quentin. Noëlie qui me parlait de Quentin tout le temps. Lorsque j’ai parlé du cadeau que souhaitait Noëlie pour Noël, Quentin m’a offert de m’aider. Après tout, il est pâtissier. Il était le mieux placé pour trouver un kit approprié pour apprendre la pâtisserie à une enfant de six ans et demi. Puis il m’a aussi proposé d’apprendre la pâtisserie à Noëlie. L’idée a fait son chemin et on a organisé une après-midi tous les trois. Un moment rien qu’à nous. Pour voir comment réagirait Noëlie. Elle a adoré. C’était tellement touchant de les voir tous les deux. J’ai pris quelques photos en souvenir. Et là, en observant ma fille et mon amant, car nous avions passé le cap depuis peu, je me suis rendu compte que je voulais vivre ça plus souvent. Et pour le vivre, il fallait que Noëlie soit au courant.
Pendant que Noëlie était occupée à décorer son plateau de biscuits, j’ai tiré Quentin dans la chambre froide et je l’ai embrassé. Mes mains ont cherché sa peau sous son pull et son tablier, ses lèvres ont glissé dans mon cou, mordillé mon oreille avant de reprendre possession de mes lèvres. Quand nous nous sommes séparés, j’ai franchi le pas.
— Viens dîner le soir de Noël.
Quentin est resté muet, m’a regardé longtemps. J’ai frissonné de peur qu’il dise non.
— Je dirai à ma mère que je ne viendrai que pour le déjeuner de Noël, a-t-il fini par déclarer On s’est de nouveau embrassés et on a retrouvé Noëlie.
Au fur et à mesure que les jours passaient, j’ai commencé à stresser. Je trouvais mon idée stupide. Comment allait réagir Noëlie ? Le prendrait-elle bien ? N’aurait-il pas plutôt fallu prendre un autre jour ? Cela gâcherait-il le réveillon de Noël ?
Quentin a joué le rôle rassurant de l’amant. Linda, celui de la sœur de l’amant. Emeline, de la confidente. Même Anna m’a dit que c’était une bonne idée. Sans parler de ma mère et de ma belle-mère qui étaient aux anges. Tout le monde se liguait contre moi. Si bien que j’ai fini par me dire que si ça devait rater, je pourrais reporter la faute sur tout mon entourage et les maudire à jamais.
Plus serein, le week-end de Noël est arrivé, on a fait les dernières courses, décoré la table, préparé le repas. Noëlie s’est faite toute belle pour l’invité que nous attendions. Elle est restée sage là-dessus et ne m’a pas posé dix millions de questions.
Quand on a sonné, je l’ai laissée aller ouvrir et s’est alors passé une chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Lorsque j’ai voulu lui annoncer que Quentin était mon petit-ami. Elle m’a regardé, puis Quentin, puis moi.
— C’est bon, je sais tout.
Je suis resté tétanisé quelques secondes avant de la questionner.
— Tu sais tout quoi ?
— Bah, la maîtresse me l’a dit.
— Madame Lafargue t’a dit quoi ?
Je n’arrivais pas à y croire. Comment la maîtresse de ma fille pouvait être au courant de quoi que ce soit ? Quentin me regardait, amusé.
— Bah, que tu étais amoureux.
Il est venu m’aider à m’asseoir.
— Que… comment ?
— J’ai demandé à la maîtresse comment on voyait que son Papa était amoureux. Alors j’ai deviné toute seule. Donc je suis d’accord pour te prêter mon Quentin. Mais quand je serai grande, ce sera mon amoureux à moi.
J’ai dû devenir tout blanc tellement j’étais sous le choc. Quentin m’a laissé pour s’agenouiller devant Noëlie.
— En attendant, je serai l’amoureux de ton Papa ?
— Oui. Je suis d’accord.
La crise venait de passer. Quentin a embrassé ma fille sur son front avant de venir déposer un baiser sur mes lèvres en me disant que je n’avais vraiment pas de doute à avoir, ma fille serait une petite futée.
Et c’est le cas. Le réveillon s’est bien passé. Quentin n’est pas resté dormir, nous voulions y aller par étape, mais Noëlie semblait ne pas trouver ça normal qu’il n’attende pas le Père Noël avec nous. Quentin lui a dit que s’il n’était pas chez lui, le Père Noël ne lui livrerait pas ses cadeaux, car lorsqu’il lui avait écrit, il ne lui avait pas dit qu’il serait ici. Noëlie l’a cru. Elle est futée, mais on peut encore la duper. J’ai été la coucher et elle s’est endormie tout de suite. J’ai offert un dernier verre à Quentin.
— Tu n’auras plus besoin de courir, Noëlie peut venir faire ses devoirs après l’école à la pâtisserie.
— Je crois que, de toute manière, droit ou pas droit, elle aurait continué.
Quentin a ri et m’a embrassé.
— Elle a de la ressource.
— Oh oui.
On a discuté encore un peu et il est parti. Lorsque j’ai fermé la porte derrière lui, j’ai soupiré. Puis j’ai ramassé nos verres, éteint le sapin et j’ai regardé par la fenêtre. Il neigeait de nouveau. Demain, on irait au parc faire un énorme bonhomme de neige et j’appellerais ma mère et ma belle-mère pour leur dire que oui, elles rencontreraient Quentin lors de leur venue.



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