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Le Calendrier de l'Avent 2017 c'est par ici !!

14 Décembre


Ce cadeau vous est offert par Shiroitora-lili.

Vous pouvez me retrouver sur :
http://forumyaoifictions.forumactif.org
http://yaoifictions.e-monsite.com (cette fiction y sera publiée en entier après le calendrier de l’avent)


Comprendre, accepter, aimer.
par Shiroitora-lili

Chapitre 3


Laisser Anthony, la veille au soir, fut pour Nathan un véritable crève-coeur. Tous deux s’étaient livrés, un peu du moins, et rapprochés. Une forte amitié naissait entre eux, même s’ils espéraient plus chacun de leur côté.
Nathan avait hésité durant de longues minutes avant de quitter l’appartement d’Antho. Il cherchait une excuse pour rester encore et encore, mais il n’en trouva aucune. Sur la route qui le ramenait dans la maison de ses parents, où il vivait, il ne cessait de repenser à ces moments emplis d’émotions. Comme le moment où il lui avait avoué de manière détourné qu’il aimait les hommes, ou encore celui où son amour révéla son penchant pour les hommes. Rien n’était encore perdu. Et même si Anthony avait déjà quelqu’un dans son coeur, il était possible que Nathan y trouve sa place malgré cela.
Anthony, lui, fut soulagé de voir partir Nathan. Enfin, presque. Etre en sa présence, le rendait nerveux même s’il montrait le contraire. Cette soirée, il l’avait vécu comme une tentation. Celle de se jeter au coup de Nathan pour ne plus jamais le laisser partir. Mais, il ne fit rien pour l’empêcher de partir. Comment aurait-il pu le faire alors que son coeur appartenait déjà à un autre ? Cette pensée lui brisa le coeur.

—————

Dimitri et Vanessa avaient passé une très bonne soirée ensemble. Ils s’étaient quittés tôt le matin du dimanche. Vanessa avait résisté tant bien que mal à son envie de demander des informations sur Anthony. Elle l’avait promis à son frère et elle avait tenu parole. Et puis, à vrai dire, Dimitri était si gentil et intentionné qu’elle n’avait pas beaucoup pensé à son frère. Juste un peu en début de soirée, mais pas plus.
Dimitri l’avait raccompagné jusqu’à chez elle et n’avait pas tenté de vouloir entrer dans son appartement. Il ne le voulait pas. Pas maintenant. La jeune femme lui plaisait tellement qu’il ne souhaitait pas brûler des étapes, ni même qu’elle puisse penser qu’il ne s’agissait pour lui que d’un coup d’un soir.
— Tu es sûr de ne pas vouloir monter ? lui redemanda Vanessa.
— Oui, tout à fait sûr, lui sourit-il. Ce ne serait pas une bonne idée. Une prochaine fois, peut-être.
La jeune serveuse se dit qu’elle avait de la chance. En temps normal, c’est elle qui devait dissuader les hommes à monter chez elle. Elle appréciait que Dimitri refuse. C’était rare de tomber sur des hommes biens.
— Je serais ravie de ressortir avec toi, dit-elle. Appelle-moi.
— Puis-je t’appeler dans quelques heures ?
— Quand tu veux… Bonne nuit, dit la jeune fille avant d’ouvrir la porte de l’immeuble.
Dimitri la retint doucement par le bras. Elle se retourna, surprise.
— Puis-je au moins t’embrasser avant que tu ne rentres ? lui demanda-t-il.
Sa voix suave donna des frissons à Vanessa. Elle en mourait d’envie, comment une telle soirée aurait-elle pu se terminer autrement ? Aucun son ne sortit pourtant de sa bouche. Elle hocha la tête en guise d’invitation.
Dimitri s’approcha lentement de sa bien-aimée et délicatement posa ses lèvres sur celles de la jeune femme. Leurs coeurs cessèrent de battre. Une sensation de chaud puis de froid prit possession de leur corps, et cela s’accentua lorsque Dimitri approfondit ce baiser. Une danse sensuelle débuta. Le couple se laissa emporter. Ils n’entendaient plus rien autour d’eux. Leurs corps se rapprochèrent. Leur respiration se saccada. Le baiser sensuel et langoureux laissa place à une éteinte câline. Ils étaient à bout de souffle. Dimitri venait d’atteindre sa limite. Il devait partir avant de faire exactement le contraire de ce qu’il voulait.
— Bonne nuit, murmura-t-il dans le creux de l’oreille de Vanessa.
La jeune femme frissonna. Pourquoi devait-il partir ? En fait, elle comprenait et en était ravie. Dimitri la respectait, et cela était très important pour elle. L’étau qui la maintenait contre le corps de Dimitri se relâcha. Une sensation de froid prit son corps en otage.
— Rentre vite, tu vas attraper froid, lui dit-il.
— Oui, tu as raison. Merci pour cette soirée. Bonne nuit…
Dimitri ne fit demi-tour que lorsqu’il vit la porte sécurisée de l’immeuble fermée et verrouillée. Il monta à bord de sa voiture, et rentra chez lui. Il ne regrettait pas de ne pas être resté avec Vanessa pour la nuit. Elle méritait mieux qu’un coup d’un soir et cette fois, il en était sûr, il en était vraiment tombé amoureux et ne voulait pas gâcher leur relation naissante.

———

Dans l’après-midi, Dimitri appela, comme promis, la belle Vanessa. Ils restèrent près de deux heures à discuter au téléphone. Un second rendez-vous fut pris pour le week-end suivant.
— Ca va être long d’attendre jusqu’à samedi soir, pour te voir, avoua Dimitri.
— Je ressens pareil, mais je bosse toute la semaine et avec mes horaires et ton taf pas facile de se voir en semaine. Mais on peut toujours s’appeler, lui dit-elle.
— C’est vrai. Alors je ne vais pas m’en priver, susurra-t-il.

—————

Anthony travaillait comme un acharné depuis le début de semaine pour trouver des biens susceptible de plaire à Nathan. Il avait lui-même visité plusieurs locaux commerciaux mais un seul pourrait vraiment convenir. Il désespérait, c’était nouveau pour lui. Dans son travail, il était l’un des meilleurs, et dans le milieu cela se savait. Sophie s’inquiétait de le voir ainsi.
— Tu n’as pas l’air en forme, Antho, lui dit-elle.
— Si ça va… c’est juste que je ne trouve rien de bien pour mon client.
— Qui ? Le gars sur qui tu as craqué ?
— Oui, souffla-t-il.
— Raconte. Qu’est-ce qu’il recherche ?
Anthony tendit le dossier de Nathan à sa patronne qui le parcourra rapidement.
— Je suppose que tu as cherché deux biens séparés ?
— Oui pourquoi ?
— As-tu essayé de chercher un terrain et un local au même endroit ?
— Non ! J’avoue que non…
— Ce type te hante tellement, que tu en oublies de penser comme un agent immo, le taquina Sophie.
Elle avait raison. Il n’avait même pas pensé à cela, et ce serait pratique pour lui d’avoir tout au même endroit.
— Désolé, Sophie. Et merci…
— Ne t’excuse pas, ce n’est rien.
Sophie se leva et quitta le bureau de son ami, mais elle se retourna.
— Tu lui as parlé ?
— Non, … pas encore…
— Fait-le !
Le ton de la patronne de l’agence n’était pas rude, mais Antho devait reconnaitre qu’elle n’avait pas tort : il devait lui parler, mais comment faire ?

———

La fin de semaine approchait. Et Anthony n’avait rien trouvé de concluant pour Nathan. Ce qui le désespérait plus, c’était qu’il n’avait eu aucune nouvelle de son ami. Pas un coup de fil. Pas un texto. Ils avaient pourtant dîné ensemble le samedi précédent. Pourquoi attendait-il que Nathan fasse un pas vers lui ? Ne pouvait-il pas l’appeler, lui ?
— Je ne peux pas l’appeler. Je n’ai rien à lui proposer à visiter, murmura-t-il pour lui.
Il souffla. Il pesta contre lui-même. Lui, l’un des meilleurs dans sa profession ne réussissait pas à dégoter un bien pour un ami, en plus ! Si au moins il avait quelque chose à lui montrer, il pourrait lui téléphoner et entendre sa voix. Rien que cela, lui ferait du bien. Et pourquoi devait-il attendre d’avoir un bien à lui proposer pour l’appeler ? Et pourquoi Nathan ne l’avait-il pas appeler ?
Il se remit au travail. Dans ses mails, il vit qu’il y en avait un de l’un de ses collègues d’une autre agence. Il s’empressa de l’ouvrir. Un large sourire se dessina sur ses lèvres. Il l’appela rapidement afin de prendre un rendez-vous pour aller voir le bien qu’il lui proposait avant de le montrer à Nathan. Le rendez-vous fut pris pour la fin d’après-midi.
En fin de journée, il rangea son bureau et prévint Sophie qu’il allait faire une visite et qu’il ne repasserait pas par l’agence.

———

Dès son arrivée à l’agence, Anthony remit en ordre les papiers que son collègue lui avait donné la veille concernant le bien. Il recalcula également le montant du bien en fonction de la superficie. Tout lui sembla en ordre. Ne restait plus qu’à appeler son client. Nathan.
Il prit en main son téléphone portable, chercha le numéro de son ami mais il hésita à lancer l’appel. Nathan devait certainement être en leçon. Devait-il plutôt l’appeler entre douze et quatorze heure, ou pouvait-il le faire de suite ? Et puis, un son le tira de ses réflexions. Son téléphone sonnait. Il décrocha.
— Salut Antho, je ne te dérange pas ? lui demanda son interlocuteur.
— Non, non. J’allais t’appeler, répondit-il. Mais j’hésitais car je ne savais pas si je pouvais te déranger ou pas.
— Je devrais être en leçon, mais l’élève que je devais avoir n’est pas encore arrivé. Alors j’ai un peu de temps devant moi. J’avais envie de te parler.
— Ca arrive souvent ?
— Ca dépend des moments, en ce moment c’est plutôt rare.
— Ok. Tu voulais me parler de quoi ?
— De rien de spécial. En fait, j’avais envie d’entendre ta voix, se hasarda à dire Nathan.
Le moniteur avait décidé de faire évoluer leur relation. La soirée qu’ils avaient passée ensemble avait fini de le persuader de le séduire.
— Comment…ça… ?
— Je voulais t’appeler plus tôt mais j’ai pas eu une minute à moi de toute la semaine. Et j’ai fini très tard tous les soirs.
— Je ne…je ne comprends pas…
— On est ami, non ? Et les amis s’appellent.
Nathan se rendit compte qu’il avait été un peu trop vite. Parler d’amitié, le faisait revenir en arrière mais il retenterait sa chance bientôt.
— Tu es toujours là, Antho ?
— Hein, heu ! Oui, oui…
L’agent immobilier semblait perturbé. Nathan sourit. S’il réussissait à le troubler, il avait peut-être encore une chance de le séduire…
— Je suis content d’avoir passé du temps avec toi samedi dernier. Merci encore pour l’invitation.
— De… de rien.
Anthony ne savait plus quoi penser. Nathan voyait-il en lui un ami, ou autre chose ? Parfois, il se posait des questions sur son attitude, comme maintenant. Il devait reprendre pied, et vite.
— Si tu as un peu de temps, je pourrais te parler d’un bien que j’ai trouvé.
— C’est pour cela que tu voulais m’appeler ?
Le ton de Nathan venait une fois encore de changer. Pourtant, c’était bien lui qui avait sollicité l’aide d’une agence pour lui trouver un local et un terrain.
— Tu n’as pas l’air en forme, d’un coup. Tout va bien ? Préfères-tu que je te rappelle plus tard ? s’inquiéta Anthony.
— J’ai pensé que tu voulais juste m’appeler comme ça. Discuter. Entendre ma voix comme j’avais envie d’entendre la tienne, souffla le moniteur.
Le silence s’initia dans la conversation. Anthony n’entendait que les battements frénétiques de son coeur. Tout son corps tremblait. Le stylo qu’il tenait dans la main droite depuis le début de l’appel, lui échappa et termina sa course sur le sol. Plus un seul son ne sortit de sa gorge.
A l’autre bout du fil, Nathan ne sut quoi penser de la réaction de son amour. Il venait pourtant de se promettre de retenter sa chance bientôt mais cela faisait déjà tellement longtemps qu’il attendait se moment qu’il ne put se résoudre à attendre encore. Ce silence n’était pas de bonne augure. Il craignait un rejet total d’Antho, et c’était entièrement sa faute.
— Je ne pensais pas que tu pouvais être aussi taquin, intervint enfin Anthony.
Sa voix était mal assurée, et Nathan le remarqua. Le moniteur respira enfin, tout n’était pas perdu, pas encore.
— Ca dépend des moments, mais oui je peux l’être. Surtout avec les personnes que j’affectionne particulièrement. Tu voulais me parler d’un bien, alors ? rebondit-il afin de ne pas gâcher toutes ses chances.
— Heu ! Oui. Je pense avoir trouvé ce qu’il te fallait. Quand peux-tu venir visiter ?
— Si possible plutôt samedi, là j’ai un planning chargé. Tu penses que ce ne sera pas trop tard ?
— Et bien, on est vendredi donc non ça ira. De toute façon, j’ai négocié cinq jours de réflexion. Du coup, tu es large.
— Tu es génial. Merci Antho.
— C’est mon boulot, c’est tout.
— Peut-être, mais tu le fais bien. Merci.
— Tu me diras merci quand tu signeras, sourit Anthony.
— Non ! Ce jour là, je t’inviterais à dîner…
— Tu n’es pas obligé de faire ça.
— J’en ai envie depuis la première fois qu’on s’est vu.
Silence. Encore. Décidément, Nathan était étrange. Anthony avait un mal fou à le cerner.
— Donc samedi, ok. A quelle heure et où ? demanda très sérieusement le moniteur.
Le son de la voix de Nathan fit sortir Anthony de ses réflexions.
— Et bien, en début d’après-midi, où plus tôt en fonction de ton boulot.
— Alors je passe te prendre vers midi quinze à l’agence. On mange ensemble et on part faire cette visite. Ca te va ?
— Tu ne préfères pas te poser un peu avant d’aller visiter ? lui demanda-t-il timidement.
— La semaine dernière c’est toi qui as convenu de l’heure. J’avais déjà envie de déjeuner avec toi, alors non, je ne veux pas me poser avant, sourit-il.
D’un coup, Antho repensa à l’une de ses conversations avec Sophie. Elle lui avait dit que peut-être pour les premières visites, Nathan voulait déjeuner avec lui avant de faire les visites. Elle avait raison. Le comportement de Nathan l’interpellait. Il était étrange. Anthony n’avait jamais dragué d’homme mais il lui était arrivé de draguer des femmes, et ce que faisait le moniteur n’était pas vraiment loin de la drague. Non ! Impossible ! Anthony se permit de le croire, même si une part de lui restait dans la réalité.
— A moins que tu sois déjà pris pour le déjeuner avec le mec dont tu m’as parler…
Nathan paraissait moins enjoué, d’un coup. Serait-il jaloux ?
— Non. Je suis dispo. Très bien disons midi quinze à l’agence, alors.
— Ca n’a pas l’air de te faire plaisir. Je ne veux pas te forcer, tu sais. J’ai juste envie de passer du temps avec toi.
— C’est ça que je ne comprends pas. Pourquoi souhaites-tu passer du temps avec moi ? Pourquoi tu m’as appeler sans raison particulière ?
Anthony resta calme pourtant tout son corps était en ébullition. Il voulait savoir.
— Désolé, je dois te laisser. L’élève que j’ai maintenant vient d’arriver. A samedi…
— Attends. Tu ne m’as pas répondu !
— Je te répondrais samedi. En attendant, pense à moi, susurra Nathan à travers le combiné avant de raccrocher.
Anthony regardait presque bêtement son mobile. Qu’est-ce que cela voulait dire ? « Pense à moi » ? Il ne pensait déjà qu’à lui ! Et avec ces trois petits mots, cela n’allait pas s’arranger…

———

Nathan tentait de ne pas penser à Anthony. Il n’avait pas répondu à ses interrogations volontairement. En fait, aucun élève n’était devant le bureau. Il avait menti, juste pour pimenter leur déjeuner de samedi. Une part de lui s’en voulait d’avoir abrégé ainsi leur conversation, tandis que l’autre se délectait de l’effet produit sur Anthony. Du moins, l’espérait-il. Le moniteur plaçait ses cartes, bien qu’il ne sache pas si Antho pouvait laisser celui qu’il aimait pour lui. Il avait la trouille au ventre, comme on dit. Cela ne lui ressemblait pas, même Vanessa ne le reconnaissait pas. Jamais, il n’avait pris autant de gants pour séduire quelqu’un, ni même autant de temps. Mais Anthony était différent. Avec lui, il voulait passer le restant de sa vie…
A plusieurs reprises dans la journée, il se retint de lui envoyer un texto, ou même de l’appeler. Il souhaitait que son amour se pose mille et une questions. Et sans le savoir, c’était ce qu’il se passait…

—————

Dimitri et Vanessa passaient presque tout leur temps libre au téléphone ou à s’envoyer des messages textes. Ils avaient toujours un mal fou à couper leur communication. Ils s’entendaient bien et s’appréciaient de plus en plus.
Chacun d’eux avait parlé de cette relation naissante à leurs frères respectifs, qui furent heureux pour eux.
Ils prévirent un autre rendez-vous pour ce samedi, bien que Vanessa travaille ce soir là. Ils décidèrent de se voir après son service.

—————

Onze-trente s’affichait à l’horloge de l’agence immobilière. La respiration saccadée d’Anthony trahissait son angoisse. Sophie l’observait. Elle souriait. La veille au soir, Antho lui avait parlé de son coup de fil avec Nathan du matin. Elle lui avait redit que ce type était amoureux de lui, mais Anthony n’y croyait pas, du moins pas totalement. Il préférait mettre un peu de distance avec cela juste dans le cas où sa patronne se tromperait.
Sophie le laissa seul. De toute façon, dans l’état où il se trouvait aucun des mots qu’elle pourrait lui dire ne l’atteindraient.
Midi sonna. Antho alla reprendre contenance dans la cuisine de l’agence. Aujourd’hui, il n’y avait que lui et Sophie au bureau. Et pour le moment, elle était occupée à faire les comptes du mois. Elle ne viendrait pas de suite dans cette pièce. Il n’arrivait plus à respirer. Son corps le trahissait. Il en vint même à se demander comment il avait eu le courage la semaine d’avant pour l’inviter à dîner, chez lui en plus. Etait-ce à cause de ses mots de la veille ? Il s’assit, posa ses coudes sur la table et enfouit son visage rougissant dans ses mains.
La porte de l’agence s’ouvrit. Sophie releva la tête de ses papiers et vit le client d’Anthony.
— Bonjour monsieur.
— Bonjour madame, j’ai rendez-vous avec Anthony pour une visite, dit-il courtoisement. — Je sais, oui. Il s’est enfermé dans la cuisine il y a quinze minutes, sourit-elle.
— Comment ça ?
— Cela lui arrive parfois, quand il stresse. Je vais aller le chercher.
La patronne se dirigea vers la cuisine mais se retourna.
— Ne le ramener pas trop tard, je dois partir tôt aujourd’hui et Antho doit prendre le relais jusqu’à la fermeture, lui sourit-elle.
La surprise se lisait sur le visage de Nathan, aussi Sophie continua.
— Antho est aussi un ami, je sais que vous déjeuner ensemble avant d’aller voir le bien. Mais ramenez-le à temps pour que je puisse moi-même aller à mon rendez-vous.
Comme toujours la voix de Sophie était douce et sans reproches.
— Très bien. Je ne le garderais pas trop longtemps, alors, dit-il tristement.
— Rien ne vous empêche de rester avec lui. Tant qu’il n’y a pas de client, je ne suis pas contre, l’encouragea-t-elle.
Un large sourire égaya le visage du client de l’agence.
— Merci.
— Vous l’aimez, n’est-ce pas ?
— Comme un dingue, lui avoua-t-il.
— Je m’en doutais. Prenez soin de lui.
Nathan acquiesça. Sophie alla enfin chercher Anthony.
— Antho, il est là, lui dit-elle.
— Pourquoi je tremble ainsi, ce n’est pourtant pas la première qu’on va se retrouver ensemble ?
— Allons ! Respire un bon coup. Et lance-toi…
Plus facile à dire qu’à faire… Mais Anthony sortit enfin de la cuisine. Lorsqu’il vit la silhouette de son amour, étrangement il se détendit. Il se souvint de la soirée passée avec lui, où parfois lui parler avait été si simple et si difficile à la fois.
— Salut Nathan, dit-il péniblement.
— Salut Antho, je suis content de te voir.
— Moi aussi. Je prends mon dossier et on peut y aller. Par contre, je dois être de retour vers quinze heures.
— Pas de soucis, je te ramènerais à l’heure.
En les regardant partir, Sophie sentit son ami heureux. Il avait l’air de se détendre, enfin… Elle se réjouit pour lui.

———

— J’ai préféré réserver car il y a souvent du monde. C’est une super brasserie, on y mange bien. J’espère que ça te plaira, dit Nathan en garant sa voiture.
— Il n’y a pas de raison, répondit Antho.
L’agent immobilier se sentait heureux d’être avec Nathan, mais il était toujours un peu tendu en sa présence, même si quelques minutes plus tôt, son angoisse s’était calmée en le voyant.
Ensemble, ils entrèrent dans la brasserie. Il y avait peu de monde, chose rare dans cet établissement. La patronne leur indiqua leur table, les installa et leur donna la carte.
— Nath, on est un peu pressé. C’est possible d’avoir fini dans une heure ? demanda Nathan à la patronne.
Nathalie était un bout de femme très dynamique. Elle s’arrêtait toujours à toutes les tables pour discuter un peu avec les clients. Son sourire égayait son visage et créait une ambiance chaleureuse dans son établissement.
— Oui pas de problème Nathan. Regardez la carte je reviens. Vous voulez boire quelque chose en attendant ?
— Je prendrais un coca®, merci, fit le moniteur.
— Et vous ? demanda Nath.
— Pareil, merci.
— Ok je reviens, leur sourit-elle.
— Tu as l’air de très bien connaître, affirma l’agent immobilier.
— Oui, mon auto-école n’est pas très loin alors je viens souvent. C’est pratique. Et puis l’accueil est top et les plats délicieux.
Anthony ne trouva rien à dire pour rebondir et continuer la conversation. Il baissa la tête.
— Tu n’as pas l’air bien d’un coup !
— Si désolé.
— Tu penses à lui ? demanda difficilement Nathan.
Sa voix tremblait légèrement. Il avait à la fois envie de le savoir et à la fois non. Mais comment le conquérir s’il ne pensait qu’à l’autre ?
Anthony releva son visage et riva son regard à celui de son vis-à-vis. Bien sûr qu’il pensait à lui ! Comment le nier ? Il se trouvait devant lui ! Sauf qu’il ne réussirait jamais à le lui dire… Il se mit à rougir, sans pouvoir y faire quoique ce soit.
— Tu n’as pas à rougir, dit doucement Nathan.
— Et toi… tu penses à …
— A chaque minute, souffla-t-il en souriant.
Le regard de Nathan sembla transpercer celui d’Anthony qui ne savait plus où se mettre. Ses pommettes rougirent un peu plus. Son coeur s’emballa dans sa poitrine. Pour un peu, il aurait pu penser que Nathan venait de lui dire qu’il l’aimait aussi… Mais cela ne pouvait pas être possible puisque son coeur appartenait déjà à un autre. Il devait se reprendre, mais cela lui fut impossible.
— Voici vos boissons, fit une voix enjouée.
— Merci Nath.
— Vous avez choisi ?
— A vrai dire, non pas encore.
— Pas de soucis, je repasse dans cinq minutes.
L’arrivée de Nathalie avait allégé l’atmosphère entre les deux hommes qui ouvrirent enfin le menu.
— Je ne te l’ai pas dit, mais c’est moi qui invite, dit Nathan.
— Tu n’as pas…
— Ne dit rien ! C’est en retour de l’autre soir, sourit le moniteur.
— Mer…merci.
— Tu as choisi ?
— Je ne sais pas quoi prendre, en fait.
— Si tu aimes la viande, je te conseille l’entrecôte, elle est fameuse et sa sauce extra.
— C’est ce que tu vas prendre ?
— Oui…
La patronne de la petite brasserie revint comme prévu. Elle nota la commande de Nathan mais Anthony semblait encore hésitant. Au bout de quelques minutes, ne sachant toujours pas quoi prendre, il opta pour le même plat que son hôte.
— Tu l’as revu ?
Nathan ne pouvait s’empêcher de poser cette question. Il voulait savoir si l’autre gars avait tenté de se déclarer ou s’il l’avait fait.
Anthony, lui, ne savait que répondre. Il se doutait que Nathan ne savait pas qu’il s’agissait de lui. Du coup, quoi dire ? Le mutisme de l’agent immobilier en dit long. Nathan arrivait trop tard.
— Tu lui a avoué tes sentiments ? l’interrogea-t-il la mort dans l’âme.
Ce fut les yeux écarquillés qu’Anthony fixa son vis-à-vis. Mais aucun son ne put sortir de sa bouche. Il répondit la négative simplement avec la tête. Le moniteur n’en fut pas soulagé pour autant. Un jour, il perdra Anthony s’il ne se décide pas à faire un pas vers lui.
— Ca me soulage, murmura-t-il.
Antho ne sut quoi répondre, une fois de plus. Que voulait dire Nathan ?
Nathalie choisit, ou pas, ce moment pour venir leur apporter leur plat. Sauvé par le gong, comme on dit…
— Bon appétit, sourit-elle.
— Merci, dirent ensemble les deux amis.
Ils dégustèrent leur assiettes, presqu’en silence. Anthony ne comprenait pas toujours ce que voulait dire Nathan. Parfois, il disait des trucs incompréhensibles, comme il y avait maintenant quelques minutes.
— Comment tu trouves ? lui demanda le moniteur.
— Très bon. Je ne connaissais pas cet endroit, mais je reviendrais avec plaisir.
— J’en suis ravi.
De nouveau l’ambiance s’allégeait… jusqu’au moment où l’un d’eux commettra un impair…
Après le plat, ils commandèrent un dessert. Une mousse au chocolat pour Nathan, et un tiramisu pour Anthony. Ils prirent le temps de boire un café, mais il fallait maintenant aller faire la visite.
— Merci Nathan, fit Antho en montant dans la voiture.
— De rien. Je suis content que ça t’ait plu.
Le moniteur sourit tout en mettant en route le moteur de sa voiture.
— Très bien… Où allons-nous ? demanda le conducteur.
Anthony guida le chauffeur jusqu’au lieu de la visite. Ils arrivèrent sur place une quinzaine de minutes plus tard. Le visage d’Anthony changea de teinte. Il rougissait. Il ne savait plus où se mettre.
— Un problème ? lui demanda Nathan.
L’agent immobilier venait de se souvenir d’une chose. Nathan ne lui avait-il pas dit qu’il répondrait à l’une de ses question aujourd’hui ?
— Tu ne te sens pas bien ? s’inquiéta le moniteur.
— Je… Tu… devais me dire…
Un large sourire égaya le visage de Nathan. Antho n’était pas malade, il était juste gêné. Il était vrai qu’il avait coupé court à leur conversation téléphonique en laissant son ami dans le doute. Il décida de répondre.
— Je devais te dire pourquoi je voulais passer du temps avec toi, c’est ça ?
Anthony releva la tête et riva son regard à celui de son vis-à-vis.
— C’est simple…
Nathan prit une profonde inspiration avant de poursuivre.
— Je…
Mais avant même qu’il ne puisse dire quoique ce soit, le collègue d’Anthony les interpella. Il venait de reconnaitre son confrère qui se trouvait encore dans la voiture du moniteur. L’ambiance ainsi brisée laissa à Anthony tous ses doutes, et frustra au possible Nathan, qui soupira. Les deux hommes descendirent de la voiture et rejoignirent l’autre agent immobilier. Jérémy DESCAPES.
— Bonjour, Anthony. Tu vas bien ?
— Oui merci, Jérémy. Voici monsieur Lierrat Nathan, fit Antho. Et je te présente Jérémy Descapes, un confrère. C’est grâce à lui que je peux te proposer ce bien aujourd’hui.
— Enchanté, fit Nathan.
Le moniteur ne le montra pas, mais il était déçu de ne pas être seul avec son amour pour cette visite.
— On y va ? proposa Jérémy.
Les trois hommes se mirent en route vers le local en question. De l’extérieur, Nathan vit pas mal de potentiel. Une large façade. Un ravalement propre et clair. De large baies vitrées. Jérémy ouvrit la porte. L’intérieur était lumineux, les peintures blanches semblaient récentes car elles étaient propres. Le sol gris plastifié imitait du carrelage. Les portes et les fenêtres étaient en bois vernis. La superficie de soixante-dix mètres carrés, et les deux grandes pièces correspondaient parfaitement avec ce que recherchait Nathan. Au cours de la visite, le moniteur ne cessait d’être surpris. Il y avait également, un coin salle d’eau avec WC et lavabo, mais également un coin cuisine, et équipé de surcroît : petit réfrigérateur, deux plaques électrique, et plan de travail. Il y avait même le place de mettre un table et des chaises.
— Ce local me plait. Il est grand, lumineux et il y a tous mes critères. De plus, nous ne sommes pas très loin du local que j’occupe actuellement, du coup je pourrais garder mes élèves. Merci Anthony, sourit-il.
— De rien, mais la visite n’est pas terminé, répondit l’agent immobilier.
— Tu ne te demandes pas ce qu’il y a derrière cette porte ? le questionna Antho en lui montrant la porte en question.
— J’ai supposé que c’était un accès vers l’arrière du bâtiment.
— Allez-y ! fit Jérémy.
Nathan ouvrit donc la fameuse porte. Il écarquilla ses orbes. Devant lui se dressait un escalier et non un accès vers l’extérieur comme il l’avait supposé.
— Vous pouvez monter, l’invita le confrère d’Anthony.
Le moniteur s’exécuta. Ce que vit Nathan à l’étage le laissa coi. Un appartement. C’était un appartement entièrement refait à neuf.
— Un apparte ? fit-il surpris.
— Oui. Même superficie que le local du bas, et entièrement neuf. Il y a deux chambres, ici nous sommes dans la pièce principale. Mais allez-y, entrez, fit Jérémy.
Le moniteur n’en espérait pas autant. Le local lui plaisait déjà énormément mais cet appartement c’était la cerise sur le gâteau. Avec son budget, il avait longtemps hésité entre s’acheter un appartement ou un local pour son activité. Mais avec ce bien, c’était Noël avant l’heure. Il alla visiter toutes les pièces, seul.
— Tu penses que ça lui plait, demanda Jérémy à Anthony.
— Je ne sais pas, répondit-il évasivement.
— Pourtant vous semblez être amis.
— On ne se connait pas depuis longtemps du coup je ne sais pas.
— Je dois passer un appel. On se retrouve en bas ? dit le second agent immobilier.
— Très bien.
Alors que Jérémy descendait, Anthony rejoignit son ami.
— Alors ? Tes impressions ? se hasarda à demander l’agent immobilier.
— C’est génial. Tu es fantastique, lui répondit gaiement Nathan.
— Tu es gentil.
Nathan s’approcha dangereusement d’Anthony qui ne comprenait pas les intentions de son ami. Le moniteur s’était rendu compte que Descapes n’était plus là.
— Je ne dis pas ça pour être gentil, Antho. C’est la vérité. Tu as fait un travail fantastique. TU es fantastique.
Anthony rougit instantanément. Nathan s’approchait toujours. Son regard changea. Et alors qu’il ne se trouvait plus qu’à quelques centimètre de son but – les lèvres si tentantes d’Antho – le téléphone de son agent immobilier retentit dans la pièce vide. Anthony ne savait plus où il se trouvait, ni même quel était ce son qui venait de le ramener à la réalité. Alors qu’il répondait, Nathan pestait contre lui, le portable d’Antho, le destin… Il était si près …
Le moniteur laissa son amour et descendit dans le local. Il y retrouva Jérémy qui venait de terminer un appel, lui sembla-t-il.
— Alors ? Qu’en pensez-vous ?
— C’est plus que parfait. Antho est au téléphone, il n’a pas eu le temps de me donner le prix. — C’est une affaire, si je puis dire. Il s’agit d’une cessation d’activité pour raison de santé. Le propriétaire venait de tout refaire.
— Je vois… — Le prix est de deux cent cinquante milles euros. [1]
— C’est une affaire effectivement.
— Désolé, c’était important, fit Anthony en rejoignant les deux hommes.
— Antho m’a dit que j’avais un peu de temps pour réfléchir.
— Oui, ce démon a négocié une exclu sur cinq jours, donc vous avez le temps, sourit l’agent immobilier.
— Très bien, je le tiens au courant rapidement, reprit Nathan.
Après les salutations d’usages, le moniteur et l’agent immobilier quittèrent le local. Une fois en voiture Anthony voulut prendre la « température ».
— Qu’en penses-tu ?
— C’est génial, sourit Nathan.
— Pourquoi ne pas avoir fait d’offre alors ?
— Pour avoir une excuse pour te rappeler lundi, pardi.
Une fois encore, Antho ne savait plus où se mettre. A croire que Nathan prenait un malin plaisir à le mettre dans ces situations inconfortables. Le moniteur reprit.
— Je n’aime pas dire oui dans la précipitation. Ce bien est tout à fait ce que je recherche et l’apparte est un gros plus pour moi qui vit chez mes parents. Mais il y a un inconvénient. Je ne sais pas si habiter juste au dessus de l’auto-école est judicieux.
— Je vois ce que tu veux dire. Tu as peur que tes élèves viennent te déranger quand tu ne bosses pas.
— Oui. Bon après faut cadrer les gens, faut voir.
— Ne t’inquiètes pas, si tu ne fais pas d’offre pour ce bien, je t’en trouverais un autre, rebondit Anthony.
— Si je signe pour ce bien, viendras-tu me voir de temps en temps ?
— Je…je …tu as dit qu’on était amis, alors je suppose que oui, répondit-il timidement.
Nathan riva son regard à celui de son amour, il souriait. Enfin, Anthony commençait à le considérer comme un ami. Il y avait du progrès.
— J’en suis ravi…
— Est-ce que tu as encore un peu de temps ? lui demanda soudainement Antho.
— Moi, oui mais tu ne dois pas traîner, toi !
— Je sais, j’ai appelé Sophie, elle mettra un mot sur la porte avant de partir si je ne suis pas revenu à temps. Le coup de téléphone que j’ai reçu, c’était pour un terrain. On peut y aller maintenant si tu veux. Comme je ne l’ai pas vu avant, je ne sais pas s’il correspond à ta demande.
— Pas de soucis, on y va et on verra, sourit le moniteur.
Ne s’étant pas rendu sur place avant, Anthony ne savait pas où se trouvait exactement le terrain en question. Dans son portable était installé un GPS, qu’il mit en route. Une fois toutes les informations entrées dans l’appareil, le conducteur mit le moteur de sa voiture en marche et suivit les instructions.
Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent au bout d’une zone industrielle. Le terrain n’était pas loin du dernier local que Nathan venait de visiter et c’était un point très positif. Les deux hommes descendirent de la voiture et s’approchèrent du terrain. Nathan fut le premier surpris en voyant le bien.
— Wouahhh ! T’es génial, Antho, dit-il.
— Je suis surpris, mon collègue ne m’avait rien dit, répondit l’agent immobilier.
En effet, le terrain était goudronné. Presque prêt à l’emploi.
— C’est vraiment parfait, le goudron est fait. Il ne me reste plus qu’à faire les marquages pour faire les parcours. Tu as le prix ? Et les dimensions ?
— Attends, je rappelle mon collègue.
Pendant qu’Anthony téléphonait à son collègue, Nathan scrutait la parcelle de terrain. Elle était idéalement placée. Pas trop loin du local qui lui avait tapé dans l’oeil, à l’écart des habitations, au fond d’une zone d’activité commerciale. Idéal. Il était heureux d’avoir trouvé son bonheur aussi vite, pourtant à cette pensée, son regard se ternit. S’il acceptait ce bien, il n’aurait plus d’excuses pour voir Anthony, du moins pour passer autant de temps avec lui. Ce terrain était pourtant ce qu’il cherchait depuis un moment.
— Tout va bien ? lui demanda Anthony qui venait de raccrocher.
— Hein ! Heu ! Oui.
Nathan semblait totalement absent. Anthony s’inquiéta, mais ne sut comment l’exprimer. Il préféra lui donner les grandes lignes de sa conversation téléphonique.
— Mon collègue va m’envoyer un mail avec toutes les infos. Mais en gros, tout correspond à ta demande, expliqua-t-il.
— Ok !
Nathan se perdait dans ses pensées. Il devait passer à la vitesse supérieure. D’un coup, la peur de le perdre, de ne plus le voir s’empara de lui. Pourtant, leur amitié naissante lui permettait de pouvoir le voir presque autant qu’il en avait envie. Que pensait Anthony de tout ça ? Pouvait-il aller plus loin avec lui ? Comment Anthony le prendrait-il ? Il soupira lourdement.
— Nathan ? Qui a-t-il ? se lança l’agent immobilier.
Nathan tourna son regard vers son ami. Dans ses yeux, aucune expression. Le vide. Cela inquiéta davantage Anthony qui ne savait pas quoi faire. Le moniteur s’avança vers son amour, les yeux rivés dans son regard. Il ne pensait plus à rien. Enfin si, juste à une chose. Il s’approchait toujours un peu plus. Anthony sentait ses jambes se dérober. Son organe de vie accélérait de plus en plus. Il déglutit. Alors qu’il ne restait plus qu’un pas à faire à Nathan pour obtenir ce qu’il désirait depuis des mois, une étrange sonnerie retentit, ramenant à la réalité les deux hommes. Le mail qu’Anthony attendait venait d’arriver.
Une fois de plus le destin s’acharnait sur Nathan. Il pestait contre la Terre entière. Etait-ce trop demandé que de pouvoir juste goûter aux lèvres de son amour ? Le serrer dans ses bras ? S’enivrer de son eau de toilette ?
Anthony s’apprêtait à ouvrir l’e-mail quand il sentit quelque chose l’empoigner, fermement mais doucement. Il releva la tête et à seulement quelques centimètres de son visage, il y avait celui de Nathan. Son regard intense le transperça. Tous les muscles de son corps se tendirent. Que ce passait-il ? Qu’allait faire Nathan ?
— Qu…qu…qu’est-que… tu…
— J’ai envie de t’embrasser depuis la première où je t’ai vu. Je sais que tu es amoureux d’un autre mais penses-tu pouvoir me faire une place dans ton coeur ?
Tout en parlant, Nathan se penchait toujours un peu plus vers Anthony. Tétanisé par la situation, l’agent immobilier ne pouvait dire aucun mot, ne pouvait plus bouger… Au moment même où Nathan effleura les lèvres si tentante de son amour, son téléphone sonna. C’était la sonnerie qu’il avait mis pour ses parents. Il se sentit obligé de répondre, pensant qu’il y avait peut-être un soucis. Intérieurement, il ragea.
De son côté, Antho n’avait pas vraiment compris ce qu’il se passait. Nathan voulait l’embrasser, depuis le début ? Etait-ce de lui qu’il était amoureux ? Depuis tout ce temps, ils s’aimaient sans oser se l’avouer ? Impossible ! Pourtant, là, maintenant, Nathan voulait l’embrasser comme on embrasse l’être que l’on aime. Pas comme un ami. Non ! Comme un amant…
Anthony s’écarta de son amour. Troublé, il chercha à s’occuper l’esprit alors il ouvrit le mail reçut plus tôt. Ses mains tremblaient, son coeur ne s’arrêtait plus battre la chamade, ses joues s’empourprèrent. Il se rassura en se disant que cet appel était bien tombé, mais une petite part de lui le regrettait. Il se remit dans le travail et lut le fameux courriel. Le prix et les dimensions du terrain correspondaient à ce que cherchait son ami, et cela le satisfaisait.
Nathan raccrocha et chercha les yeux de son amour, mais Anthony gardait la tête baissée face à son écran de téléphone.
— Antho, je me suis laissé emporter. Excuse-moi.
L’agent immobilier releva son visage vers son interlocuteur et vit une étrange lueur dans les yeux de Nathan. De la peine. De l’amour. De l’envie. Des regrets. Un peu de tout ça à la fois peut-être.
— Ce … ce n’est rien, bafouilla Anthony.
— Je suis désolé. Je m’étais juré d’y aller doucement avec toi mais ça fait tellement longtemps que j’ai envie de te serrer dans mes bras, de t’embrasser, de …, mais je n’ai pas pris en compte tes propres sentiments. Je suis amoureux de toi depuis le premier jour, et depuis que tu m’as dit que tu aimais quelqu’un, je ne vis plus. J’ai peur de te perdre.
Nathan vidait son sac, ouvrait son coeur à celui qu’il aimait mais en retour, Anthony, toujours tétanisé par la situation et plus encore depuis l’aveu de son amour, n’arrivait pas à faire sortir un seul son de sa gorge. Le moniteur prit son silence pour un refus. Son visage se ternit, et il devint distant. Nathan prit une profonde inspiration.
— Je comprends que tu ne veuilles pas répondre à mes sentiments. Tu aimes déjà quelqu’un d’autre, souffla-t-il. Peux-tu m’envoyer les informations de ce terrain par mail ? J’ai un contre-temps, mes parents ont besoin de moi. On y va ?
Nathan avait beaucoup de mal à contenir sa déception, d’ailleurs il ne le souhaitait pas plus que cela. Voir son amour ainsi, blessa Anthony, seulement les mots restaient toujours bloqués. Que faire ?
La voiture du moniteur se remit en route. Nathan laissa Antho, toujours muet, devant l’agence en lui disant qu’il l’appellerait lundi pour lui donner ses réponses définitives concernant les biens vus ce jour. L’ambiance était lourde, très lourde même entre les deux amis.
— Nathan, je … réussit à dire enfin Antho.
Mais le moniteur lui coupa parole, sans amertume.
— T’en fais pas, sourit-il tristement. Je comprends. Ton coeur lui appartient.
La voiture école reprit la route. Anthony resta sur le perron de l’agence. Son coeur lui broyait les entrailles, et il supposa à juste titre qu’il en était de même pour Nathan, juste parce qu’idiot qu’il était, il n’avait pas réussi à aligner deux mots depuis le moment où Nathan avait faillit l’embrasser…
A suivre…

[1] : Je ne suis pas agent immobilier, je n’y connais rien en prix du marché :)


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