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21 Décembre

Ce cadeau vous est offert par Shiroitora-lili.




Quatrième partie

Durant tout le week end, Anthony attendit un signe de Nathan. Un mail. Un texto. Un appel. Une visite à l’improviste. Mais rien. Absolument rien. Anthony s’en voulait de n’avoir pas pu dire ni même faire quoique ce soit pour montrer à Nathan combien il l’aimait également. Lui et pas un autre. Juste lui… De tout le week end, son esprit ne pensa qu’à Nathan. Dimitri avait tenté de lui tirer les vers du nez, mais sans résultat. Une sorte de honte l’envahissait chaque fois que Nathan s’insinuait dans son esprit. Son coeur le faisait atrocement souffrir. Son corps tendu semblait parfois ne plus lui obéir.
Plus il attendait pour lui ouvrir son coeur, et plus c’était difficile de faire un pas vers lui. Pourtant, il connaissait maintenant les sentiments de Nathan, alors pourquoi ne réussissait-il pas à prendre ce fichu téléphone pour l’appeler ? Samedi, en rentrant à l’agence, il lui avait envoyé le mail qu’il lui avait demandé, mais il ne reçut rien en retour. Anthony savait ce qu’il devait faire, néanmoins il lui sembla que c’était au delà de ses forces. La timidité qu’il ressentait en pensant à Nathan, le paralysait totalement.
Sa mélancolie refit surface. Il regardait dehors. Tout et rien à la fois. Parfois, il espérait voir celui qui hantait ses pensées. Parfois, il n’espérait rien. Il ne pleuvait pas mais le temps était morose, comme son coeur. Il soupirait régulièrement, sans même sans rendre compte. Le sommeil le fuyait bien qu’il soit déjà très tard. Il tenait son téléphone bien serré dans sa main, attendant sans doute que Nathan se décide à l’appeler même si ce n’était que pour le travail. Mais vu l’heure qu’il était, il y avait peu de chance que cela arrive. Il se sentait bête, con même…

———

Depuis qu’il avait laissé Anthony devant l’agence immobilière, Nathan n’éprouvait que des remords. Sa soeur, ses parents lui firent comprendre que peut-être Anthony avait été surpris par ses aveux et qu’il n’avait pas réagi par timidité. Seulement pour le moniteur, rien à faire. Antho refusait ses sentiments. Il s’en voulait d’avoir agit à l’inverse de ce qu’il souhaitait. Il ne faisait que ruminer depuis le moment où il l’avait laissé.
Ses parents avaient eu besoin de lui samedi pour remplacer Karine, la serveuse du restaurant de ses parents. Elle ne s’était pas senti bien pendant le service du midi et voyant qu’elle n’en pouvait plus, Catherine – la mère de Nathan – l’avait renvoyé chez elle pour qu’elle puisse se soigner. Seulement, il fallait la remplacer pour le soir et comme souvent la patronne téléphona à son fils qui s’était rendu sur place rapidement afin d’aider pour la fin du service du midi et préparer avec sa soeur celui du soir.
De tout l’après-midi, Nathan n’avait pensé qu’à Anthony et à sa déclaration qui l’avait fait « fuir ». Voyant leur fils au plus mal, Catherine et son époux, Robert, l’avaient forcé à parler et Nathan vida son sac. Bien que c’est parents soient toujours de bons conseils, cette fois, il restait bloqué sur son opinion sans voir le reste. Tout ce que ses parents lui dirent, il ne l’écoutait pas vraiment. Il ne souhaitait même plus voir Antho de peur de ne pouvoir se retenir de le prendre dans ses bras et de l’embrasser. Il ne le souhaitait pas car son coeur appartenait déjà à un autre. La tristesse qu’il éprouvait, il se voulait pas qu’un autre la ressente. Antho était épris d’un autre, il fallait qu’il s’efface et qu’il passe à autre chose même si cela n’était pas facile.
Durant le service du soir, il avait accumulé les bourdes jusqu’au moment où Vanessa lui était « tombé dessus » en lui rappelant qu’au resto et pendant le service, seuls les clients comptaient. Qu’il fallait laisser ses problèmes dehors. Et au passage, elle lui conseilla d’aller voir celui qui le hantait. Après cela, Nathan s’était repris, seulement dès qu’il avait un peu de répit, il ne pouvait s’empêcher de penser à Anthony.
La journée du dimanche, il la passa seule. Sa soeur était dans les bras de son petit ami et lui avait interdit de passer le voir. Il souhaitait qu’elle profite de Dimitri. Il ne le connaissait pas, mais il lui semblait être un type sympa et respectueux. Viendrait le temps où il ferait sa connaissance, pour l’heure, il ne voulait que le bonheur de sa soeur et elle semblait heureuse. De plus, Dimitri était le frère d’Anthony et il ne savait pas trop comment gérer cette situation.
Dans l’après-midi, il s’installa derrière son ordinateur et ouvrit sa boîte mail. Il avait demander, la veille, à Antho de lui envoyer par courriel les informations concernant les deux derniers biens visités. En bon professionnel, l’agent immobilier le lui avait envoyé dès son retour à l’agence. Il avait également joint toute la documentation des autres biens visités, sans doute pour qu’il puisse mieux faire son choix. Le moniteur soupira. En fait, il avait espéré faire ce choix avec l’aide d’Antho, mais il devait se résoudre à le faire seul. Comment le solliciter maintenant qu’il savait que ses sentiments ne pouvaient pas être partager ?
Durant quelques heures, il détailla les propositions, faisant des listes de pour et contre, effectuant des calculs pour les éventuels travaux en se basant sur des tarifs dénichés sur le net, notant les endroits où il s’était senti bien. Bien que le dernier local montrait l’inconvénient d’avoir un appartenant au dessus, c’était également un très gros avantage. Il pourrait enfin quitter la maison familiale et commencer à faire sa vie seul. De plus, le local et l’appartement venaient d’être refait à neuf, il n’y avait plus qu’à emménager. Idem pour le terrain vu la veille, il était bien plus grand qu’il ne l’aurait souhaité, tant en longueur qu’en largeur, et déjà goudronné. L’avantage, c’est qu’il pouvait y tracer deux pistes pour les entrainements moto. Après avoir murement réfléchis, il se décida donc pour ces deux biens. Le pincement au coeur qu’il ressentit, lui fit prendre conscience que c’était grâce à Antho qu’il avait pu trouver aussi vite et avec tous ses critères mais que jamais il ne pourra en profiter avec lui.
Lui, qui n’avait pas pour habitude de se laisser aller, découvrait pour la première la mélancolie, l’amertume, la déception en amour. Jamais encore il n’avait éprouvé autant de sentiment envers quelqu’un. Rien que de penser à Anthony son organe de vie le faisait souffrir, ses mains tremblaient, comme si son corps en entier réclamait celui de son amour…

———

Ne pouvant se résoudre à appeler Anthony, Nathan opta pour un mail. Entendre sa voix était impossible, sans avoir envie de le voir, de le serrer dans ses bras ou encore de l’embrasser. Il devait mettre un peu de distance. Bien qu’il aurait souhaité rester ami avec lui, il s’était rendu compte que cela lui serait insoutenable. Rien que l’imaginer dans les bras d’un autre, le rendait fou alors le voir avec un autre, ce serait insupportable pour lui. Alors tant pis, il devait l’effacer de sa tête et rien de mieux que de ne plus du tout le revoir.
Dans l’e-mail, il nota :
« Bonjour Anthony,
Merci pour toute l’aide que tu m’as apporté pour ma recherche. J’ai murement réfléchi et je vais faire une offre pour le terrain et le local/appartement que nous avons vu samedi. En pièces jointes, tu trouveras les scans des deux offres.
Ayant pas mal de travail à partir de cette semaine, je ne serais pas vraiment joignable, utilise plutôt le mail, je te répondrais dès que je le pourrais.
J’espère que mes offres seront acceptées…
Bonne journée
Au revoir…
Nathan. »
Après avoir scanner et joint les deux fichiers, il cliqua sur « envoyer ». En fait, il n’avait pas plus de boulot que les autres jours, et pouvait toujours plus ou moins répondre au téléphone. Mais il ne le voulait pas… La mort dans l’âme, il se rendit à son bureau actuel afin de faire de la paperasse, enfin fallait-il encore qu’il puisse se concentrer dessus.

———

Anthony ne travaillait pas les lundis, néanmoins aujourd’hui il attendait le coup de fil de son ami, Nathan. De tout le week-end, il n’avait pas eu de nouvelles, il était inquiet. Sa timidité l’avait paralysé lorsque Nathan lui avait ouvert son coeur. Il fut si surpris d’entendre que ses sentiments étaient partagés qu’il n’avait pas su trouver les mots pour se déclarer à son tour. Nathan semblait l’avoir très mal pris, du moins il avait été déçu et avec du recul Anthony s’était dit que son comportement l’avait sans doue induit en erreur. Il savait comment rattraper le coup, mais sa pudeur était bien plus forte.
Très régulièrement il regardait si son ami ne l’avait pas appelé. Rien. Toujours rien. Encore rien. Pourtant, il lui avait bien dit qu’il l’appellerait lundi. Peut-être était-il en leçon ? Non, il ne travaillait pas les lundis, il se souvenait en avoir discuté ensemble car ils avaient le même week-end en décalé. Alors, avait-il eu un contre-temps ? Il regarda l’heure sur son téléphone, qu’il refusait de lâcher, pour se rendre compte qu’il n’était que neuf heure du matin.
— J’ai envie d’entendre le son de ta voix. J’ai envie de te dire que c’est à toi qu’appartient mon coeur. Il n’y a personne d’autre que toi, murmura-t-il.
Si ce qu’il ressentait en cet instant était ce que ressentait son amour alors il se doutait qu’il était mal, tout comme lui l’était.
Un petit son l’interpella. Il venait de recevoir un mail.
— Un mail ? Il m’envoie un mail ? Pourquoi pas un appel ou un texto ? Un mail c’est trop impersonnel…
Il l’ouvrit et le lut. Il blêmit.
— Au revoir ? dit-il à haute voix. Comment ça « au revoir » ? Pourquoi pas « bye » ou « à bientôt » ?
Anthony sentit son corps se dérober. De tout l’e-mail, il n’avait retenu que ces deux mots qui sonnaient plus comme un adieu que comme autre chose. Son rythme cardiaque s’accéléra. Il s’assit afin de tenter de se reprendre, mais l’émotion était bien trop forte. Que faire ?
— Je vais l’appeler. Je ne veux pas qu’il pense que j’aime quelqu’un d’autre. Il n’y a que lui !
Avant de l’appeler, il relut le courriel, mais sauta sur les deux mots qui le faisait encore frissonner. Nathan faisait des offres d’achats, c’était une bonne nouvelle. Il se promit de faire tout ce qui était possible pour lui avoir ses biens à son prix. Il disait qu’il n’avait pas trop de temps pour les appels, alors l’agent immobilier respecta sa demande et lui répondit par mail.
« Bonjour Nathan,
Je suis heureux d’apprendre que les deux derniers biens t’aient plu. Je prends note de tes offres et je vais faire le nécessaire dès maintenant. Je te tiens au courant dès que j’ai un retour de mes confrères.
J’aurais aimé t’avoir au téléphone, mais je comprends …
A bientôt
Antho »
Le mail envoyé, il téléphona à ses confrères afin de leur donner la bonne nouvelle et d’appuyer les offres de son client. Il fut convenu que les autres agents immobilier le rappel dans la journée. Il fallait maintenant attendre.
Alors qu’il s’affairait à faire le ménage, plus pour s’occuper l’esprit que pour vraiment nettoyer, Anthony entendit son téléphone sonner. Il se rua dessus. C’était sans doute Nathan qui venait aux nouvelles. Il se sentit soulager. Du moins jusqu’au moment où il prit son portable en main.
— Ouais ! dit-il déçu en décrochant.
— Je te dérange ? le questionna Dimitri.
— Non. Je ne m’attendais pas ton appel c’est tout.
Je ne savais pas qu’il fallait que je te prévienne quand je voulais t’appeler.
— Désolé, Dim. Je suis pas très bien c’est tout. Tu voulais quelque chose ?
Oui, manger avec toi ce midi. Enfin, si ça te branche ?
— C’est pas dans tes habitudes de vouloir manger un lundi midi avec moi ! répondit
Anthony. — J’ai juste envie de te voir et pour une fois j’ai du temps ce midi. Alors ?
— D’accord. Où veux-tu qu’on se retrouve ?
Chez toi, et j’apporte chinois, répondit joyeusement Dimitri.
D’abord surpris, Anthony accepta. Pour une fois que son frère payait la note…

———

Alors qu’il arrivait à son bureau, Nathan entendit la notification de son téléphone lui stipulant qu’il venait de recevoir un courriel. Sa poitrine se serra. Il se doutait que c’était la réponse du sien. En train de rouler, il ne regarda pas son mobile. Près de l’auto-école, il trouva un stationnement et s’y gara. Il prit son téléphone et sortit de sa voiture. Il ne voulait pas regarder le mail dans la rue.
La première chose qu’il faisait en arrivant au bureau c’était d’allumer l’ordinateur. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui, il se fit couler un café avec la machine à capsules. Il récupéra sa tasse et s’assit derrière son bureau. Il but une gorgée de son breuvage noir – cela lui procurait un semblant de bien-être – et enfin il tapota sur l’écran tactile de son mobile pour ouvrir sa boîte mail et, comme il le pensait, le courriel venait d’Anthony.
— Il aurait aimé m’avoir au téléphone ? Pourquoi ? Pour me parler des offres ou pour entendre ma voix ? Pourquoi voulais-tu m’entendre, Antho ?
Plus Nathan parlait, plus sa voix s’amenuisait. Il aurait tant, lui aussi, voulu entendre sa voix. Juste l’entendre dire son prénom. Juste lui dire bonjour. Simplement lui dire qu’il lui tardait de le voir. Cela faisait deux jours pourtant, mais Anthony lui manquait. Il soupira. Ce n’était pas dans ses habitudes de le laisser aller ainsi, mais cette fois c’était plus fort que lui.
Nathan posa son téléphone près de lui sur le bureau. Antho lui avait signifié qu’il le contacterait dès qu’il aurait des nouvelles concernant ses offres d’achats. Prenant sur lui, il se mit au travail tant bien que mal, d’ailleurs.

—————

Ce fut vers midi trente que Dimitri arriva chez son frère. Il voulait le voir pour savoir comment il allait. Dans le week-end, il avait eut une conversation avec Vanessa qui lui avait parlé de son frère, Nathan, et de sa mélancolie. C’est là qu’ils avaient compris tous les deux que leurs frères étaient amoureux l’un de l’autre. La jeune femme s’inquiétant pour Nathan, ne put s’empêcher de s’ouvrir à son amant. Elle lui expliqua tout ce qu’elle savait et, plus elle parlait moins Dimitri comprenait. Antho lui avait dit qu’il aimait ce type alors pourquoi avait-il rejeté ses sentiments ? Pour en avoir le coeur net, et après en avoir discuté avec sa petite amie, Dimitri avait décidé de faire parler son cadet.
— Salut Antho, fit l’aîné en ouvrant la porte palière.
— Salut Dim. La table est prête.
Les frangins se firent la bise et Dimitri donna le sac rempli de plats chinois à Antho qui déposa le tout sur la table de salle à manger. Il ne put faire autrement que de voir la mine triste de son cadet. Que s’était-il passé entre lui et Nathan ? Mystère… du moins pour le moment.
— Tu en as pris trop, Dim.
— Pas grave, tu en auras pour ce soir. Tu adore ça, lui sourit-il.
— C’est vrai. Merci.
Puis, ils commencèrent à déjeuner. Seulement, Dimitri était inquiet. Son frère ne semblait pas aller bien. Il avait l’impression de revenir plusieurs semaines en arrière, alors que depuis qu’il s’était rapproché de Nathan – même si c’était grâce au boulot – il semblait aller mieux. Il soupira.
— Tout va bien ? demanda enfin l’aîné.
— Pourquoi ça n’ira pas ?
— Tu n’as pas l’air dans ton assiette. Tu sembles triste de nouveau. Je suis inquiet, je n’ai pas le droit ? argumenta Dimitri.
En effet, il avait le droit de s’inquiéter, reconnut pour lui Anthony, mais que répondre ?
— Antho, on a eu une conversation similaire, il y a quelques semaines, mais je vais te le redire. Tu peux me parler, tu sais. Jamais je ne te jugerais. Alors dis-moi ce qui s’est passé avec Nathan.
Anthony posa ses baguettes – Il aimait les utiliser lorsque mangeait chinois – et prit une profonde inspiration, tout en regardant son frère préoccupé.
— Je me disais bien que c’était étrange de te voir un midi en semaine, affirma-t-il.
— Désolé Antho, mais je suis inquiet. De plus Vanessa l’est tout autant pour Nathan.
— Hein ?
— Ils sont frère et soeur, dit-il simplement.
Surpris, Anthony ne releva pas immédiatement l’information.
— Ils… Ils sont frère et soeur… ? répéta-t-il machinalement.
— Oui. On s’en est rendu compte ce week-end. M’en veux pas, frérot. On est vraiment inquiets, tu sais.
— Je t’en veux pas. Je suis juste surpris, c’est tout.
Dimitri était soulagé car il ne savait pas vraiment comment allait réagir Anthony face à cette nouvelle.
— Je suis content que ça se passe bien avec elle. Elle a l’air sympa.
— Elle est géniale et merci. Mais raconte, qu’est-ce-qui c’est passé avec Nathan ?
Antho réfléchit pendant une seconde et se jeta à l’eau.
— Il croit que je suis amoureux de quelqu’un d’autre, avoua-t-il.
— Pourquoi pense-t-il ça ?
— Il… il a essayé de m’embrasser et m’a déclaré son amour pour moi.
— Mais c’est génial…, s’exclama Dimitri heureux pour son frère. Mais pourquoi êtes-vous si abattus, alors ?
— J’étais tellement paralysé par tout ça que je n’ai rien pu dire. J’ai essayé de lui parler mais aucun son ne voulait sortir de ma bouche. Du coup, il pense que je ne peux pas répondre à ses sentiments, expliqua Anthony attristé.
L’aîné comprenait mieux à présent. La timidité de son frère était encore très présente et lui avait joué un bien vilain tour.
— Je suis désolé, Antho.
— Je sais que je devrais l’appeler, lui parler mais dès que j’entends sa voix je perds mes moyens.
— Te décourages pas. Il est amoureux de toi et tu l’aimes aussi, alors je suis certain que tu vas trouver la force de faire un pas vers lui, l’encouragea-t-il en posant l’une de ses mains sur son épaule.
— Facile à dire. Il devait m’appeler aujourd’hui et au lieu de ça il m’a envoyé un e-mail. C’est tellement impersonnel. Et puis …
— Et puis ?
— Tiens regarde ce qu’il a écrit, dit-il en montrant le fameux courriel à son frère.
Dimitri lut le mail. Effectivement, il ne pouvait nier le fait qu’il était froid et impersonnel. Mais était-il trop tard malgré cela ?
— Je vois. Mais s’il pense que tu en aimes un autre, alors il doit penser que s’éloigner de toi te permettrais d’être heureux.
— Tu crois ?
— Oui, tout à fait. Alors bouges-toi. Ne laisse pas passer une chance d’être heureux. D’accord !
— Je t’envie, affirma Anthony.
— Pourquoi ?
— Tu as pu inviter et parler facilement avec Vanessa, alors que moi…
— Arrêtes ! Tu peux le faire alors cesses de t’apitoyer sur ton sort et pour une fois, fonce !
Dimitri souriait. Anthony se sentait soutenu et cela lui faisait du bien.
— D’accord. Au lieu de lui renvoyer un mail pour lui dire ce qu’il en est de ses offres, je l’appellerai.
— Non ! Tu iras le voir, lui ordonna presque Dimitri.
Anthony écarquilla ses orbes.
— Mais…
— Oh non ! Pas de mais ! Tu iras !
Lorsque Dimitri employait ce ton ferme, Antho savait qu’il était impossible de discuter. Il dut se résoudre à lui dire qu’il irait voir Nathan. Rien qu’à cette idée, l’organe de vie d’Anthony s’emballa dans sa poitrine. Durant tout le repas et à tour de rôle, les frères parlaient de la personne qu’ils aimaient.
— Ce serait top de faire un repas tous ensemble. Qu’en dis-tu ? proposa Dimitri.
— Ce serait parfait, mais encore faut-il que je réussisse à aller vers Nathan, soupira le cadet.
— Ca se passera bien, tu verras. Oh mince ! J’ai pas fait gaffe à l’heure. Il faut que j’y aille, dit Dimitri en avalant rapidement sa dernière gorgée de café. Tiens moi au courant, ça marche ?
— D’accord ! Merci, fit le cadet.
— Tu n’as pas à me remercier, sourit l’aîné avant de prendre sa veste et de partir.
Anthony ne se sentait pas forcément mieux mais son frère avait su trouver les mots. Il était bien décidé à prendre le taureau par les cornes. Il ira donc chez Nathan…

———

Evidemment, Vanessa ne pouvait rester sans rien faire, alors elle appela son frère pour savoir comment il allait. Bien qu’elle le sache déjà. Nathan était distant avec elle, et lui rappela qu’elle avait promis de pas ce mêler de cela.
— Pourquoi es-tu en colère contre moi ? l’interrogea-t-elle.
— C’est pas contre toi, c’est contre moi. J’ai du travail, je dois te laisser, répondit Nathan. — Ok ! Tu sais où me trouver si tu as besoin…
— Merci, Vaness.
Rien à faire ! Nathan pouvait être borné et là il en jouait facilement. Vanessa n’avait rien pu faire. Son frère se renfermait. Il était rarement dans cet état, et cela allait sans doute durer un moment…

—————

Les négociations étaient longues. Cela faisait maintenant deux jours que Nathan attendait des nouvelles pour le terrain et le local qu’Anthony lui avait trouvé. Deux longues journées. Depuis le samedi précédent, il n’avait pas vu son ami, ni même entendu le son de sa voix. Anthony lui manquait, chaque jour un peu plus. Cependant, il ne souhaitait pas s’interposer dans sa vie amoureuse. Anthony semblait très épris de cet inconnu, et tout ce que lui voulait c’était son bonheur, même s’il aurait préféré être celui qui le rendrait heureux…
Il lui avait menti quand il lui avait dit avoir beaucoup de travail. En fait, c’était plutôt calme. Parfois, il n’avait cours que le matin. Parfois que l’après-midi. Parfois un peu des deux mais avec des heures libres. Enfin, bref calme. Lorsqu’il était occupé, il réussissait à ne pas penser à son amour, mais dès qu’il se retrouvait à l’auto-école, assit derrière son bureau, sa concentration s’évaporait. Ses pensées ne s’orientaient que vers Anthony et quoiqu’il fasse, il revenait le hanter.
La journée se termina tôt pour lui. Dix-sept heures au lieu de dix-neuf heures habituellement. Dans son bureau, il tournait en rond. Tout ce qu’il entreprenait lui prenait un temps fou, alors qu’habituellement, cela ne lui prenait que quelques minutes à peine. Il décida de tout fermer pour aller décompresser à la salle de sport. Il savait qu’Anthony n’y allait plus depuis plusieurs semaine, et espéra qu’il n’y soit pas en ce moment.
Pendant près d’une heure, Nathan se mit à fond dans le sport. Il passait d’appareil de musculation en appareil de musculation sans prendre la peine de souffler. Il voulait se fatiguer le plus possible pour ne plus penser à rien, surtout à Anthony. Enfin, tenter de ne plus penser à lui ! Puis, enfin il s’octroya une pose d’une dizaine de minutes. Il s’assit sur le sol dans un coin de la salle. Il s’hydrata et s’épongea le visage sur lequel la transpiration ruisselait. Il haletait, mais peu à peu son souffle revenait à la normale.
— Tu n’as pas l’air en forme. Je ne t’ai jamais vu te donner à fond comme ce soir.
L’homme qui venait d’arriver était très grand et bien bâti. Il portait un short et un t-shirt au couleur de l’enseigne. C’était l’un des coachs de la salle. Thomas s’installa près de lui.
— J’ai besoin de me vider la tête, répondit Nathan.
— Ca fonctionne ?
Le moniteur expira profondément avant de répondre.
— Non.
— On dirait que tu viens de te faire larguer !
— C’est presque ça.
— Presque ?
— Oui… presque…, murmura Nathan.
— Si tu veux en parler, n’hésite pas, ok !
Nathan remercia Thomas, qui au fil du temps était devenu un ami. Seulement, il ne lui avait pas encore dit qu’il était gay, n’ayant jamais abordé l’homosexualité. Alors lui parler d’Anthony n’était pas envisageable… pas encore en tout cas.
— Merci, t’es sympa. Mais là j’ai pas vraiment envie d’en parler.
— Je comprends, pas de souci. Mais tu sais où me trouver, lui sourit le coach.
Thomas se releva mais se retourna vers Nathan.
— Si cette personne se montrait là maintenant, que ferais-tu ?
— Que veux-tu dire ? l’interrogea le moniteur.
— Que lui dirais-tu si elle se trouverait devant toi ?
— Je me suis déjà déclaré si c’est ça que tu veux savoir ?
— Et tes sentiments ne sont pas partagés, puisque tu ne vas pas très bien. Mais que ferais-tu si cette personne venait te voir pour parler ?
— Aucune chance… il est…
Nathan se tut. Ses mots avaient dépassés sa pensée, et il ne savait pas comment allait réagir Thomas.
— Tu penses qu’il est déjà amoureux ? reprit Thomas.
Le coach sportif ne sembla pas surpris. Il resta complètement naturel. Ce qui encouragea Nathan a lui répondre.
— J’en suis sûr. Il me l’a dit, souffla-t-il.
— Alors pourquoi se cache-t-il derrière la vitrine pour te regarder depuis un bon moment ? sourit Thomas.
Hein ! Quoi ? Comment ? Qui ? Où ? Nathan se redressa et regarda vers la vitrine de la salle de sport. Il entre-aperçut une silhouette s’éloigner. Il interrogea Thomas du regard.
— Comment j’ai su ? Une intuition, et puis il y a des signes qui ne trompes pas.
— Je suis surpris par ta réaction positive. Ca arrive rarement. Et puis, je pensais avoir été discret…
— Tu l’as été et lui aussi, mais j’ai vu des signes. Je suppose qu’il veut te parler, c’est pour ça que je te demandais ce que tu ferais s’il se montrait, dit-il.
— En fait, je ne sais pas. D’ailleurs, il n’y a rien à dire.
— S’il vient te voir quand tu sors, écoute-le. Je te laisse, j’ai un coaching à faire avec un nouveau client. A plus.
Thomas laissa Nathan. Le moniteur se perdait dans ses pensées tout en laissant son regard trainer vers la vitrine de la salle.
— Thomas se trompe. Antho devait juste regarder si j’étais là ou pas pour savoir s’il pouvait venir. Il est parti en me voyant, c’est sûr, murmura-t-il pour lui.
A la limite de la colère et de la déception, Nathan se leva et rejoignit les vestiaires afin de reprendre ses affaires. Il ne prenait jamais sa douche ici, il préférait être tranquille chez lui. Il quitta la salle de sport et prit le chemin pour rentrer chez lui, à pieds comme à son habitude. Evidemment, en sortant il ne vit pas Anthony.
Quelques minutes plus tard, il arriva devant la maison de ses parents, où il vivait encore. Au dessus de la porte, l’ampoule permettait de voir la serrure. L’intérieur de la maison n’était pas éclairé, preuve que personne ne s’y trouvait. Ses parents étaient partis dans la matinée. Ils étaient partis en vacances. Il sera seul, avec ses remords pendant une quinzaine de jours… Mais alors qu’il enfonçait la clé dans la serrure, une voix le fit sortir de ses pensées.
— Bonsoir Nathan.
Le moniteur se retourna, interdit, sans voix.
— Je sais que tu voulais que je te contacte par mail, mais …
— Ce n’est pas grave. Je suppose que tu as eu les réponses à mes offres, dit Nathan presque froidement.
Anthony inspira profondément avant de répondre. Oui, il était là pour ça mais pas que…
— Oui, répondit-il attristé.
Il pensait que Nathan serait plus heureux que ça de le voir, mais visiblement ce n’était pas la cas. Il devait trouver le courage de lui dire la vérité pour dissiper ce malentendu. Mais chaque chose en son temps.
— On ne va pas discuter dehors, viens ! lui dit Nathan en l’invitant à entrer.
— Merci.
Les deux hommes pénétrèrent dans la maison. Après avoir proposé quelque chose à boire à son invité surprise, Nathan le laissa un moment. Le temps pour lui de prendre une douche. Une super excuse également pour s’exiler et rester seul un moment.
Chacun de leur côté, ils cogitaient et angoissaient. Ce face à face n’allait sans doute pas être simple, mais il était nécessaire.
Nathan tentait de se délasser sous le jet d’eau chaude. Néanmoins, ses muscles restaient tendus. Anthony se trouvait dans une pièce non loin de la salle de bain et s’était bien trop près pour lui. D’autant qu’il voulait tourner la page. Après plusieurs minutes, il sortit enfin de la salle de bain. Plus frais qu’à son entrée, mais pas forcément plus serein. Assis dans un fauteuil dans le salon, Anthony sentait sa poitrine le serrer. Comment lui dire ce qu’il avait sur le coeur ? Depuis l’endroit où il se trouvait, et tout en sirotant un café servit plus tôt par son hôte, il entendait l’eau de la douche. Nathan était dessous. Anthony laissait divaguer son esprit, s’imaginant l’eau ruisseler sur le corps dénudé de Nathan. A cette pensée, il sentit ses joues s’empourprer. Il se rabroua vite. Jamais encore, il n’avait imaginé Nathan de cette façon. Il pensait à lui tout le temps, mais il n’avait pas vraiment pensé à son corps, à ses mains sur lui ni même au goût de ses lèvres. Il se souvint alors que Nathan l’avait presque embrassé quelques jours plus tôt. Il avait à peine senti ses lèvres sur les siennes mais la sensation qu’il avait ressenti l’avait paralysée. Nathan revint dans la salon. Ses cheveux étaient mouillés et les goutes d’eau venaient s’échouer sur son t-shirt. Difficilement, l’invité surprise ravala sa salive.
— Désolé pour l’attente, mais après l’entrainement je n’aime pas rester avec des fringues trempés, s’excusa-t-il.
— Pas de soucis, je comprends. Je suis pareil.
— Tu as donc eu des nouvelles ? demanda Nathan pour lancer la conversation.
Une atmosphère lourde s’installa dans la pièce avec eux.
— Les négociations ont pris du temps car les propriétaires ont souhaité un temps de réflexion. Désolé pour l’attente.
— Pas grave. J’ai eu pas mal de boulot, j’ai pas eu le temps de penser à tout ça.
En fait, c’était tout le contraire. Il n’avait cessé de penser et de repenser à tout ça. « Tout » faisant, pour lui, référence non seulement à ses futurs achats, mais aussi et surtout à Anthony.
— Et bien, j’ai le plaisir de t’annoncer que tes propositions d’achats ont été acceptées. Félicitations à toi, dit-il enfin.
Anthony était heureux d’annoncer cette nouvelle à son ami mais celui-ci ne semblait pas si content que ça.
— Tu n’as pas l’air content. Aurais-tu changé d’avis ? Si c’est le cas ne t’inquiète pas, je reprends les recherches dès demain, affirma Anthony déçu.
— Non, t’inquiète pas. Je n’ai pas changé d’avis et je suis ravi, au contraire. Mais, que fais-tu là ? demanda enfin Nathan.
Devant l’air interrogateur de son invité surprise, le moniteur reformula sa question, et lui demanda pourquoi il n’avait pas appelé, ou même envoyé un mail. Pourquoi était-il là, assis dans le salon alors qu’il pouvait le prévenir sans se déplacer ?
— Un jour tu m’as dit que les amis s’appelaient et passaient du temps ensemble. Depuis samedi, tu fais le mort et tu as communiqué avec moi par mail. Quels genres d’amis se parlent par mail ?
— Je te l’ai dit, j’ai pas mal de travail en ce moment, lâcha une fois encore Nathan.
S’il en avait le courage, Anthony lui dirait qu’il ment. Que son comportement est lié avec sa déclaration et rien d’autre. Mais voilà, sa timidité était la plus forte… Pourtant, il savait que s’il ne rétablissait pas la vérité, tout serait perdu.
— Je t’envoie dès demain par mail toutes les modalités pour tes achats. Merci pour le café.
Anthony ne se reconnaissait pas. Il avait parlé froidement et calmement. C’était tout le contraire de ce qu’il ressentait au plus profond de son être. S’il était capable de ça, peut-être…
Nathan ne comprenait plus rien. Antho s’était déplacé à cette heure là, juste pour le féliciter et repartir ? Jouait-il avec ses nerfs ? Il rattrapa son ami avant qu’il ne sorte de la maison.
— A quoi tu joues ? Pourquoi crois-tu que je t’ai demandé des trucs par mail ?
Anthony ne répondit rien. Il sentait que cela ne servirait à rien. Nathan était en colère, et il comprenait. C’était de sa faute.
— Après t’avoir avoué mes sentiments, tu n’as eu aucune réaction. Tu es resté de marbre. Tu crois que c’est facile pour moi de te voir ? Ou même d’entendre ta voix ? Je suis amoureux de toi, Antho et tu en aimes un autre ! Je tente de m’effacer pour ton bonheur mais c’est dur pour moi. Voilà pourquoi je t’ai envoyé un mail ! Je ne comptais pas te revoir. A chacune de nos rencontres, j’ai lutté pour ne pas te serrer dans mes bras et t’embrasser. Et je lutte encore…
Une fois de plus, Nathan ouvrait son coeur. Et bien plus. Il ne pleurait pas, pas son genre mais Anthony ressentit toute l’émotion qu’éprouvait son ami dans ses mots.
— Je suis désolé.
Les mots de l’agent immobilier résonnaient dans le silence qui s’était invité après la tirade du moniteur. Nathan ne dit rien. Ses sentiments le faisaient souffrir, ce fut cela que retint Anthony. Il comprit également que ses excuses ne suffiraient pas. D’ailleurs, Nathan pourrait une fois de plus comprendre le contraire de ce qu’il voulait dire, et vu sa tête, c’était exactement ce qui était en train de se produire. Décidément, il n’était pas doué pour s’exprimer.
Nathan oscillait entre la colère, l’amour et la peine. Toutes ces émotions se lisaient facilement sur son visage, même pour Anthony qui ne le connaissait pas depuis longtemps. Anthony savait qu’il devait lui dire que c’était lui. Lui, qu’il aimait depuis des mois. Lui, qui faisait battre son coeur à tout rompre dès qu’ils étaient proches. Lui, qui hantait ses pensées jour et nuit. Lui, et lui seul…
— Tu devrais partir, Antho. Tu ne devrais pas être ici, murmura Nathan attristé.
Anthony écarquilla ses orbes. Il lui demandait de partir mais lui, finalement, n’en avait plus envie. Il se doutait qu’il en était de même pour Nathan. Non ! Il ne partirait pas sans avoir rétabli la vérité sur ses sentiments. C’était décidé…
Son corps en entier se mit à trembler. Sa respiration s’affola. L’appréhension qu’il ressentait lui broyait les entrailles. Mais il devait agir et maintenant. Il aimait Nathan et le voir aussi désemparé et triste était au delà de ses forces. Alors lentement, très lentement, pendant que son coeur tapait dans sa poitrine comme jamais, il avança vers Nathan qui le regarda fixement sans comprendre. Mais le souhaitait-il ? Anthony ravala difficilement sa salive. Il s’efforça de ne penser à rien, de peur de trop hésiter et d’accentuer un peu plus le quiproquo. Il avançait sans le regarder dans les yeux afin de ne pas se retrouver une fois encore paralyser devant lui. Plus il se rapprochait, moins il était sûr de lui, mais il ne pouvait pas faire marche arrière. Il ne se trouvait plus qu’à quelques centimètres de son amour. Il releva enfin ses yeux pour accrocher le regard de Nathan qui ne bougeait plus.
Le moniteur voyait son invité marcher vers lui. Que lui prenait-il ? Il déglutit péniblement. S’il avançait encore, jamais il ne pourra résister à l’envie de le serrer contre lui. Jamais il ne pourra le laisser partir s’il continuait d’avancer. Il ne pouvait river son regard dans celui d’Anthony car il gardait ses yeux baissés. Il s’approchait encore. Qu’allait faire Anthony ? Et puis pourquoi son coeur battait-il si fort ? Il tremblait. Enfin, Anthony s’arrêta et releva les yeux vers lui.
Le temps sembla arrêter sa course. Le silence pesant s’était dissipé laissant place à une atmosphère nouvelle pour les deux hommes. L’ambiance n’était ni lourde ni légère mais aucun d’eux ne se sentait mal à l’aise. Anthony fit le dernier pas qui le séparait encore de son amour. L’angoisse s’emparait de son esprit, mais il résista à l’envie de partir en courant.
Trou noir…
Lentement, Nathan reprit pieds. Il sentait une douce pression sur ses lèvres. Il écarquilla ses orbes lorsqu’il vit ce qu’il se passait. Anthony l’embrassait. Du moins, il avait plaqué ses lèvres sur les siennes. Une sensation étrange le prit. Un mélange de soulagement et de crainte. Et si c’était un façon pour Anthony de lui dire « au revoir » ? Pour l’agent immobilier ce baiser aérien lui avait pris pas mal d’énergie. Il n’avait pas l’habitude de gérer ce genre d’émotions.
Nathan enroula ses bras autour de la taille de son ami et, sans réfléchir plus à tout ça, accentua le baiser. Antho se laissa porter par le moment et desserra légèrement ses lèvres afin de laisser son amour l’embrasser langoureusement. Une myriade de sensations et d’émotions prit possession de leurs corps. Ils se sentirent transporter à milles lieux de là. Plus aucun son ne venait perturber leurs ouïes. Plus aucune effluve ne venait chatouiller leurs odorats. Plus aucune image ne venait brouiller leur yeux, à présent clos.
Puis, lentement, doucement cette étreinte prit fin. Le couple, à bout de souffle, resta pantois. Nathan se refusait de lâcher sa prise, au contraire même, il serra l’étau de ses bras afin qu’Anthony ne s’échappe pas. Malgré le formidable baiser qu’ils venaient d’échanger, le moniteur ne semblait pas rassurer sur les sentiments de son vis-à-vis.
— Antho…
— Ne dis rien ! Je te dois des excuses, Nathan.
— Mais non, enfin. Pourquoi…
Nathan ne put terminer sa phrase. Anthony venait de placer son index sur ses lèvres. Délicatement. Par ce geste, il lui demandait de l’écouter.
— Quand tu t’es déclaré, samedi, j’ai senti mon coeur s’arrêter de battre. Mes jambes tremblaient si fortement que j’avais du mal à rester debout. Mon cerveau m’a déconnecté de la réalité. Pour moi, il ne pouvait s’agir que d’un rêve. Jamais, je n’aurais imaginé qu’un jour je puisse… t’intéresser. Je veux dire…
Antho avait laissé son doigt sur les lippes de son amour, pour s’assurer que celui-ci ne l’interrompe pas. Mais Nathan n’avait pas dit son dernier mot. Tendrement, il prit la main de son invité et amoureusement, y laissa quelques petits baisers, faisant frissonner Anthony qui se tut.
— Je t’aime depuis le premier jour où je t’ai vu. J’ai eu le coup de foudre, comme on dit. Ton silence m’a fait souffrir comme jamais cela ne m’était arrivé. Mais je peux comprendre tes sentiments pour celui que tu aimes.
— Tu n’as pas compris ! Celui dont tu ne cesses de parler, c’est …
Anthony prit une profonde inspiration avant de continuer. Il se donna du courage pour ne pas le blesser une fois encore.
— C’est toi…
Nathan écarquilla ses orbes. Que venait-il de dire ? Lui ? LUI ?
— M… moi ? bégaya presque le moniteur.
L’agent immobilier fit un signe de tête pour répondre. Ses jouent s’empourprèrent, lorsque Nathan compris enfin.
— Je… j’ai pensé que tu me rejetais. C’est pour cela que je ne voulais plus te voir.
— Je sais. Et puis c’est de ma faute. Je suis resté tétanisé. Plus aucun son ne voulait sortir de ma bouche. Pardon, Nathan.
— Je te dois des excuses aussi. J’aurais dû comprendre ton embarras. Pardon, chuchota Nathan en se rapprochant de son amour.
— Je… t’aime, murmura Anthony.
Nathan avait parfaitement entendu les mots de son amour, et cela lui rendit son sourire. Celui qui faisait fondre celui qu’il tenait fermement dans ses bras. Alors que leurs lèvres se scellèrent une nouvelle fois, Nathan ne put se retenir de mettre enfin ses mains en mouvement. L’une caressait le dos d’Anthony, remontant lentement vers sa nuque. L’autre tentait de se frayer un passage sous sa chemise. Les mains chaudes de Nathan découvrirent enfin la texture de la peau douce de son futur amant. L’invité surprise, qui ne l’était plus, sursauta lorsqu’il sentit l’intrusion sous sa chemise. D’abord crispé, lentement il se détendit. Passionnellement, ils s’embrassaient à en perdre haleine. Leurs langues s’enroulaient, dansaient, se séparaient, pour mieux se retrouver. De temps à autres, des soupirs de bien-être s’échappaient de leur bouche. Preuve que l’amour les unissait.
— Reste, quémanda Nathan entre deux baisers langoureux.
— Je … je ne sais pas, bafouilla-t-il.
Nathan rapprocha un peu plus le bassin de son petit ami vers le sien. Les futurs amants sentirent parfaitement le désir de l’autre. L’organe de vie d’Anthony battait si fort dans sa poitrine que cela en devenait douloureux. Pourtant, pour rien au monde, il ne souhaitait se défaire de cette étreinte. Et puis, mécaniquement, ses propres mains se mirent en mouvement. Lui aussi voulait sentir sous ses doigts la peau de Nathan. Il en avait rêvé tant de fois. Le moniteur était heureux de sentir les caresses timides de son futur amant. Son corps réagissait de plus en plus. A ce rythme là, il ne pourra plus s’arrêter…
L’air se réchauffait en même temps que la température corporelle du couple. Non pas qu’ils aient froid, mais se rapprochement affolait leurs sens. Plus rien ne comptait, à part eux.
Nathan délaissa les lèvres gonflées d’Anthony pour mordiller sensuellement le lobe d’une oreille offerte. L'agent immobilier sursauta, laissant échapper un gémissement. Pas habitué, il se crispa de honte. Le moniteur recommença. Entendre gémir son amant accentua son désir qui ne cessait de monter. Il était heureux comme jamais. Tenir, sentir, toucher ainsi celui qu’il aimait depuis des mois, lui procurait des sensations qu’il n’avait plus éprouvées depuis des années. Il avait déjà été amoureux, follement amoureux qui plus est, alors ces émotions il les connaissaient déjà. Pourtant avec Anthony, il y avait une différence. Laquelle ? Il ne saurait le dire. C’était différent, c’est tout !
Anthony se laissait totalement aller dans les bras de son amour. Tout était nouveau pour lui. Les baisers, les caresses, l’odeur d’un autre homme étaient loin d’être désagréable pour lui. Et puis, c’était Nathan… Alors que ses joues rougissaient à chaque nouvelle sensation, son corps frissonnait. Il n’avait pas froid. Nathan mettait simplement tous ses sens en éveil.
— Reste, redemanda sensuellement Nathan.
— Je…
Anthony était tiraillé par son envie de partir et celle de rester. S’il restait, il se doutait bien de comment allait se terminer cette soirée et il se demandait s’il était prêt à cela. Et puis, d’un coup il posa ses main sur le torse de son petit-ami et éloigna doucement.
— Qu’est-ce qu’il y a, mon amour ? Je vais trop vite, c’est ça ? s’inquiéta Nathan.
— C’est pas ça…peut-être oui… je sais pas… tes parents… réussit-il à dire en reprenant son souffle.
En effet, les deux hommes se trouvaient dans la salon de la maison familiale de Nathan. Anthony venait de se rappeler de ce … détail.
— Mes parents ?
— On est bien chez eux, non ?
— Oui !
Mais le moniteur ne voyait pas le souci.
— Et s’ils rentraient là maintenant ?
Le regard de Nathan s’illumina, enfin…
— T’inquiètes pas, ils ne sont pas là. Ils ont fermé le restaurant pour deux semaines et ils sont partis en vacances, sourit-il. Tu peux te détendre.
— Je l’ignorais, dit Antho, toujours crispé.
— On peut aller chez toi, si tu veux. Ou alors, on monte dans ma chambre, reprit le moniteur en enlaçant de nouveau son futur amant, on refroidira moins si on reste ici.
Nathan souriait tendrement. Il prit la main de son amour et l’entraina à sa suite vers sa chambre. Une fois la porte fermée et verrouillée, juste pour rassurer son amant, Nathan ôta son t-shirt. Les deux hommes déglutirent presque en même temps.
— Je ne peux pas te promettre de m’arrêter même si tu me le demandes, susurra le maître des lieux à l’oreille de son amant.
Anthony ne dit rien. A vrai dire, l’idée d’en rester là ne lui avait pas traversé l’esprit. Bien qu’il n’avait jamais fait l’amour avec un autre homme, dans les bras de Nathan il se sentait en confiance. Il lui faisait confiance. Lentement, Nathan enlaça son amant. Doucement, il fit glisser ses mains le long de sa colonne verticale. Sensuellement, il prit possession de ses lèvres encore légèrement gonflées par les nombreux baisers qu’il lui avait donnés. Délicatement, du bout des doigts, il déboutonna la chemise d’Anthony qui l’entravait dans ses caresses. Elle rejoignit son t-shirt, tombé négligemment sur le sol de la chambre.

———

Allongé sur le lit, le couple ne parlait pas. Mais l’étreinte qui les rapprochait en disait long. Nathan effleurait le corps de son amant, se délectant encore de leur première fois. Anthony soupirait de bien être, et se collait toujours un peu plus à son aimé. Puis, le téléphone de d’Anthony retentit dans le silence léger. Il s’excusa auprès de Nathan, se leva et regarda qui l’appelait.
— C’est mon frère. Si je ne réponds pas il va s’inquiéter.
— Tu n’as pas à t’excuser pour ça. C’est normal que tu répondes, c’est ton frère.
— Merci. Allo ! fit-il.
Mais bordel, t’es où ? Tout va bien ? lui demanda vivement Dimitri.
— Oui oui, t’inquiète pas. Comment ça où je suis ? Je suis grand, je te rappelle.
Je suis devant chez toi avec Vaness, parce que je m’inquiétais. Tu n’allais pas bien depuis samedi.
— Vous êtes devant chez moi ? Je ne suis pas à la maison, dit-il timidement en rivant son regard à celui de son amant.
T’es où alors ? s’énerva presque l’aîné.
— Je… je suis chez Nathan.
Très bien, on arrive !
— Hein… Non pas question !
Et pourquoi, on dérange ?
— Je te dis que je suis chez Nathan.
Et alors, je sors avec sa soeur, elle a le droit de venir voir son frère !
— Dim ! Tu veux un dessin ou quoi  !
Anthony, c’est Vanessa. T’inquiète pas. On ne va pas venir. Promis. Je retiens ton frère.
— Merci Vanessa.
De rien. A plus.
— A plus…
Dimitri avait eu un mal fou à comprendre. Heureusement que sa douce petite-amie était plus perspicace.
­ — Mon frère me cherchait, et il voulait venir ici.
— Mais ma soeur a tout compris et elle va l’en empêcher, c’est ça ?
Antho acquiesça, Nathan l’invita à le rejoindre dans le lit, au chaud sous les couvertures. Il l’avait vu frissonner. Les amants se calèrent l’un contre l’autre, visiblement pas rassasier…
FIN


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