AccueilAccueilS'enregistrerConnexion
Le Calendrier de l'Avent 2016 c'est par ici !!

Partagez|

L'histoire de Nicolas et de la fondation du Village

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
MessageAuteur
MessageSujet: L'histoire de Nicolas et de la fondation du Village Mar 26 Mai - 12:08


Moeurs contre Fougue



Début des années 30. Les crises économiques plombent les sociétés et la montée des extrémismes politiques inquiète. Pourtant, l'essor culturel venu des USA s'enracine en occident.
Loin de toutes ces agitations, la famille Black vagabonde à travers l'Angleterre. Enzo Black, époux de Lina Black, le futur chef de cette famille nomade aux origines tsiganes, ne renie pour autant pas l'héritage anglais que lui a légué son père. Ses valeurs sont fortes, comme son caractère qui font de lui un homme rude et implacable, souvent cruel avec les gens extérieurs à sa famille.
C'est en 1932 que la naissance de son enfant Nicolas lui ouvre les portes du pouvoir en le propulsant à la place de chef.
Très conservateur et protecteur avec son clan, il dirige d'une poigne de fer, ne laissant personne commettre un faux pas sans une punition adéquate. C'est selon lui le seul moyen de survivre dans un monde impitoyable. Dans un monde truffé de dangers qui pourraient mettre en péril la survie des siens. Dangers qu'il est en devoir d'éliminer pour le bien de tous, le bien de son épouse, de son enfant et de son clan.


C'est dans cette atmosphère dure que Nicolas Black vit le jour et commença à grandir. Un père froid, peu présent, souvent en train d'accomplir son 'devoir' pour sa famille, et une mère qui tente d'élever son fils du mieux qu'elle le peut, essayant par tous les moyens de le faire entrer dans le moule construit par son père.


1939. Début de la seconde Guerre Mondiale. La dernière qui régnera entre les humains. La dernière officielle.
Pourtant, la famille Black ne s'en préoccupe pas. Que les Hommes se déchirent, ils finiront bien par revenir à la raison quand ils comprendront que le réel ennemi est ailleurs, qu'il est différent de nous. Il est impur, et nous devons purifier notre monde. Exterminer les gens qui n'entrent pas dans le moule.
C'est cette idée qui ressortira de cette guerre et qui finira par unir les Hommes contre les créatures différentes qui sont rapidement découvertes avec les bons de géants que la guerre a apporté à la science. Vampires, démons, loup-garou, élémentaires, humas et tant d'autres... Tous sont fait ennemis communs à l'humanité qui entre dans une période de ségrégation générale et de terreur. Ils reproduisent exactement le même schéma qu'ils avaient moult fois utilisé contre eux même, mais tourné vers un nouvel ennemi.


1946. La guerre est finie, et Nicolas a à présent 14 ans. C'est un jeune garçon épanoui et turbulent. Il n'a pas envie d'écouter les consignes de sa mère. Pourquoi devrait-il détester des gens qui sont différents ? Si le monde entier était peuplé de gens identiques, la vie serait terriblement ennuyeuse. Quel intérêt d'apprendre à connaître quelqu'un si tout le monde se ressemble ?
Enzo a conscience du caractère récalcitrant de son fils. Il est temps qu'il prenne conscience des choses telles qu'elles sont et du rôle qu'il devra jouer lorsque la tête du clan lui reviendra.
C'est un matin d'automne que choisit le chef pour réveiller son fils aux aurores. Il lui demande de se préparer et de le rejoindre au centre du camp. Nicolas n'aime pas vraiment ça. Habituellement, son père ne le réveille pas quand il part en campagne. Il ne le voit qu'en fin d'après midi, quand il rentre avec les autres hommes du clan et qu'ils rient et se félicitent des prouesses de la journée.
Il arrive quelques minutes après son réveil sur la place centrale de leur campement. Là, il retrouve son père entouré des autres. Les regards sont braqués sur lui et il sent un malaise monter en lui. Non effectivement, il aurait préféré rester sous sa couette ce matin.
Après un dernier récapitulatif des gens présents, ils partent vers la forêt avoisinante. Il leur faut deux heures de marche avant d'arriver dans une clairière étroite. Enzo pose son sac à terre et il se tourne vers le groupe.


"Nous avons repéré un groupe suspect d'une dizaine d'individus les derniers jours. Ils se cachent au pied de la montagne et fuient quand ils aperçoivent des inconnus. Nous allons les encercler et avancer pour les acculer contre la montagne. Il semblerait qu'il s'agisse d'un groupe de loup-garou. Mes chers amis, vous connaissez notre devoir. À nous de faire le ménage et de rétablir l'ordre de la nature."


Une exclamation collective suit ce discours. Les autres hommes du clan sont en extase. L'envie de meurtre se lit dans leurs yeux, et Nicolas sent un frisson d'horreur lui parcourir le dos. Comment peut-on ressentir autant de satisfaction dans le meurtre de gens ?
Effrayé, il ne montre rien de son trouble. Son père le regarde, il ne doit pas paraître choqué, sinon il ne donne pas cher de sa peau. Les autres sont déjà partis vers la forêt, mais Enzo lui fait un signe pour qu'il approche en se penchant sur son sac. Il ouvre lentement la fermeture. Nicolas sait qu'à l'intérieur, il y a des choses pour faire du mal aux autres, et il n'a pas envie d'être complice, il a envie de s'enfuir, de rentrer au camp, et d'écouter le blabla barbant de sa mère. Mais il ne peut pas. Il ne peut que regarder son père tirer du sac un revolver et lui tendre.
Nicolas hésite. Si il le prend, il sera obligé de prendre la vie de quelqu'un. Si il s'abstient, son père le punira devant tout le clan. Le fils du chef puni pour avoir refusé d'accomplir le devoir de chaque homme qui vit avec eux. Le déshonneur sur lui et la honte dans le regard de sa mère.
Il ne peut pas se le permettre. Alors il tend la main et prend le révolver. L'arme est lourde dans sa main, et froide. Il déglutit, relève le regard vers son paternel qui lui lance un sourire d'encouragement. Puis ils partent tous les deux rejoindre les autres.


Ils se dispersent en cercles dans la forêt, se répartissant autour de l'emplacement du campement ennemi. Ils progressent doucement en sa direction. Nicolas sert son arme entre ses doigts qui tremblent. Il faut qu'il se calme.
Un cri retentit sur sa gauche. Le cri d'une femme. Il n'y a pas de femme dans leur groupe. Ça y est, le groupe de loups-garou a été trouvé. Il a envie de vomir. Pas à cause des loups-garou, mais à cause de ce qu'il va bientôt être obligé de faire.
De la fumée s'élève au loin, ils viennent d'éteindre leur feu, et du mouvement commence, agité. Un coup de feu retentit sur la droite, suivit de plusieurs cris. Leur fuite a été déroutée. Ils vont peut-être bientôt essayer de passer par ici. Le garçon continue pourtant d'avancer, son flingue braqué dans la direction du bruit. Son coeur s'accélère, battant la chamade contre ses tempes. Il commence à avoir du mal à entendre les bruits ambiants, son souffle saccadé saturant le signal.
Soudain, un mouvement apparaît face à lui. Son souffle se coupe, ses pas aussi, et le stresse prend le pas sur lui. Son père va le trouver, il va le frapper s'il ne fait rien, il va l'exposer sur la place, comme il l'a fait avec Thomas une semaine auparavant. Le malheureux n'avait pas tiré quand il aurait dû. Non, il ne serait pas humilié, il ne déshonorerait pas le nom des Black !
La pression de son doigt sur la détente se fit plus forte et la détonation retentit longtemps dans ses oreilles.


C'était la première fois qu'il tuait. La première fois qu'il voyait la mort s'emparer d'un être par sa faute. Et même s'il s'agissait d'un être qui ne convenait pas au « moule », il n'en éprouvait aucune satisfaction.
Ses mains tremblaient et contre toute attente, la balle avait touché l'homme en pleine poitrine. Nicolas était resté figé sur place, écoutant sans sourciller les derniers hoquettements et bruits gutturaux de sa victime. C'était sa punition pour avoir prit la vie.
C'est seulement lorsque toute forme de vie a quitté le corps que son père arrive à ses côtés.


Un étrange silence règne autour d'eaux. Ils ont dû décimer le groupe de « rebelles » et Nicolas a dû rester ainsi à regarder le corps sans vie pendant longtemps, même s'il n'a l'impression que cela ne fait que quelques minutes. La main de son père se pose sur son épaule et la presse.


« C'est bien fils ! »


La fierté s'entend dans sa voix puis Enzo s'éloigne. Nicolas reste encore quelques minutes avant de suivre les traces de son père. L'après-midi est déjà bien avancée et ils ne rentrent qu'en début de soirée au campement. Il ne dit toujours pas un mot mais il est présenté comme un héro à sa mère et au reste des Black.
Un héro pour avoir tué froidement et sans aucune raison que de vouloir sauver sa peau d'une potentielle punition.
Quelle mascarade !


1951. La famille Black vient de s'installer dans une nouvelle ville. Ses abords offrent de grandes prairies qui accueillent les tsiganes.
Comme à ses habitudes, Nicolas prévoit un exploration en solitaire des lieux. C'est au cours de la soirée qu'il décide de quitter le camp. L'installation est en grande partie finalisée et son absence ne dérangera personne. Il décide alors de commencer son repérage par le centre-ville.
L'effervescence est palpable lorsqu'il arrive dans la rue principale. Absorbé dans la contemplation des joyeux lurons qui plaisantent et chahutent, il ne prend pas vraiment garde à ce qui l'entoure. Les mœurs des gens l'ont toujours fasciné. Lui, dans sa famille, ne connaît que ce qu'on veut bien lui raconter, mais pourtant, il sait qu'il existe bien des choses en dehors. Et il n'attend que de pouvoir les apprendre. C'est pour cela que son repérage consiste surtout à regarder les gens échanger, à les écouter, plutôt qu'à apprendre les lieux. De toute façons, sa famille ne reste jamais indéfiniment dans un endroit, alors pourquoi diable aurait-il besoin d'apprendre le géographie de la ville ? Alors que les gens, on en rencontre partout et tout le temps, c'est bien plus intéressant à aviser.
Tout à ses réflexions, il continue de déambuler. Il arrive près d'un pub où des jeunes festoient devant la porte. Alors qu'il passe à côté d'un groupe, il se fait soudain heurter par un inconnu qui vient en sens inverse. Celui-ci passe son chemin sans s'excuser. Pendant que Nicolas commence à marmonner des insultes, un jeune de la bande qu'il vient de dépasser se met à courir derrière l'inconnu et l'exhorte de s'arrêter. Il le rattrape sous le regard interloqué de Nicolas et lui empoigne le col avec un regard menaçant. Ils échangent un objet et le jeune homme revient vers son groupe. Ou plutôt non, il revient vers lui. Nicolas hausse un sourcil. Qu'est-ce que ce type peut bien lui vouloir ? Arrivé devant lui, il lui tend la main. Le regard du tzigane se pose dessus et il y reconnaît son portefeuille. Médusé, il cligne plusieurs fois des yeux avant de tendre la main pour le reprendre.


« Il faut faire attention aux pickpockets, ils sont rusés et discrets. »


Nicolas prend son portefeuille et le temps d'un instant, ses doigts frôlent la paume du jeune homme. Dans son esprit, il tique. Il y a quelque chose d'étrange chez ce type. Un truc pas commun.


« Tu viens boire un verre avec nous pour fêter ça ? »


Pourtant, il a l'air terriblement normal. Un garçon aux cheveux noirs, la peau légèrement basanée, les yeux en amandes, d'un vert mêlé de gris, laissant sous entendre une origine asiatique mélangée aux racines anglaises.
Enfin normal... Pour le commun des mortels. Pour un Black pur et dur, ce penchant asiatique n'était pas le bien venu. Mais Nicolas n'est pas vraiment pur et dur. La nouveauté ne l'effraye pas. C'est pourquoi il accepte l'invitation.


« Chouette ! Je m'appelle Otsu.
-Et moi Nicolas. »


Ils entrent dans le pub, et finalement, le « boire un verre avec nous » se transforme en « boire un verre avec moi ». Nicolas est subjugué par ce phénomène qu'est Otsu. Il n'arrête pas de parler, exposant sa joie de vie à tous ceux qui l'entourent. Sa mère est asiatique, d'où son type reconnaissable et son père est un anglais bien de chez eux qui est tombé amoureux d'une autre culture et qui se bat pour que les autres acceptent la différence.
Nicolas est sous le charme. Pourtant, d'après son éducation, il aurait dû être dégoûté par les propos de son acolyte. Il aurait dû lui répondre sèchement qu'il n'y avait de la place dans ce monde que pour un seul type de personne et qu'il n'en faisait pas partie. Il aurait dû le traîner à l'extérieur, lui mettre son poing dans le ventre, et une fois qu'il serait à terre, ne pas se gêner de le rouer de coups de pieds sans prendre garde à l'endroit qu'ils toucheraient.
Mais il n'en fit rien.
Non, il n'en fit rien car au cours de ces 5 dernières années, il avait tué des gens différents de lui et n'y avait jamais rien trouvé de bon. Il avait ôté la vie de bon nombre de personnes sous le regard fier de son père. Mais à cet instant, son père n'est pas là. Il n'y a pas de témoin, alors il peut se laisser aller à ses envies profondes de découvrir un autre monde.


La nuit avance, il se fait tard et Nicolas doit rentrer. Il laisse alors Otsu, mais avant cela, il lui donne rendez-vous deux jours plus tard, au même endroit. Le jeune homme accepte avec un grand sourire. Le tzigane rentre au campement et retrouve son lit. Il n'arrive pas à trouver le sommeil, son esprit trop empli de ce jeune homme étrange. Oui, il y a toujours quelque chose d'étrange chez ce garçon, même s'il sait à présent qu'il a des origines asiatiques. Quelque chose qui n'aurait pas plu à son père, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.


Deux jours plus tard, Otsu est au rendez-vous. Les deux jeunes hommes décident de changer d'endroit et d'aller flâner dans les rues. L'asiatique a toujours cette facilité à parler qui déconcerte Nicolas. Mais finalement cela l'arrange bien. S'il connaissait la nature de sa famille, il ne voudrait sans doute plus le voir. Et cela, Nicolas n'en avait pas envie. Alors les rendez-vous se succédaient, de façon irrégulière de sorte que sa famille ne se doute de rien. Ils n'auraient pas approuvé, il le savait bien, alors il valait mieux être discret.
Les questions finissent par arriver. A force de parler de lui, Otsu fini par tarir le sujet et il insiste pour que Nicolas lui parle aussi de lui. Nicolas refuse. Ce qu'il a à dire ne convient pas à la situation. Il ne veut pas faire fuir l'autre jeune homme. Surtout pas. Il est devenu sans que Nicolas ne s'en rende compte, son échappatoire à son quotidien. A tous ces gens qui ne veulent que décimer le monde. Là, il est bien, détendu et il ne veut pas subir de reproches.
Mais en ne disant rien, il perd de toute façons son havre de paix. Otsu se lève, prêt à partir sans un mot, blessé que Nicolas ne veuille rien lui dire, et surtout vexé de s'être tant confié à quelqu'un qui n'en a rien à faire. Il quitte le café où ils avaient échoués, mais une fois dans la rue, une main retient son bras. Nicolas s'est jeté à sa poursuite. Tant pis, quitte à le perdre, autant que ce soit pour une bonne raison.


Nicolas emmène Otsu dans un endroit calme où il pourra parler librement. Les gens n'aiment pas les créatures surnaturelles, certes, mais de là à leur faire la chasse, c'est une autre histoire. Les Black sont une famille renfermée sur elle-même et tout le monde ne partagerait pas leur extrémisme. Alors mieux vaut éviter les oreilles indiscrètes.
C'est en marchant dans un petit parc que Nicolas finit par se confier. Otsu est silencieux. Les mots sortent plus facilement qu'il ne l'aurait pensé. Ils coulent de sa gorge et il raconte tout. Son enfance, les idées de sa famille, la première fois qu'il a tué, les autres fois, sa rencontre avec Otsu et l'importance qu'il a à ses yeux. Sans s'en rendre compte, Nicolas dit bien plus qu'il ne pense et il s'ouvre totalement à son ami.


Lorsqu'il fini son monologue, il reporte son regard sur le jeune homme. Il va s'en aller, c'est écrit sur son visage. Il y a une touche de dégoût. Ou est-ce qu'il s'agirait de compassion ? Il ne connaît pas cette émotion, on ne la lui a jamais apprise. Perturbé, il fait un pas en arrière. Otsu en fait un en avant. Sa main se pose sur la joue de Nicolas qui ne comprend plus rien. Son cerveau s'est déconnecté au moment où la main a touché sa peau. Il reste figé alors que l'autre garçon se rapproche. Il se rapproche dangereusement, mais Nicolas ne peut pas faire un geste, et c'est sans qu'il ne puisse rien faire que les lèvres de l'autre garçon se posent sur les siennes. C'était donc ça qu'il y avait d'étrange chez ce garçon. Son regard, ses gestes envers lui. Toutes ces petits indices qui font qu'Otsu est homosexuel.
Le contact de ses lèvres est d'abord doux, puis il se fait plus viril, impérieux. Alors les neurones de Nicolas se reconnectent et il prend conscience de ce qu'il vient de dire.


« Je me sens libre quand je suis avec toi. Tu es si insouciant, j'en oublie tout le reste, ma famille, cette mascarade. Pourquoi ne pourrait-on pas aimer qui l'on veut ? »


Aimer. Non, il est Black, et l'homosexualité est à l'opposé de ce qu'il est supposé devenir, ressentir. Un Black...
Non, finalement non, si ce simple mot veut dire renier tout ce qu'il est, il préfère encore devenir quelqu'un d'autre.
Ses mains se posent sur la taille d'Otsu et sa bouche répond au baiser. Il fera bonne figure devant ses parents, il n'a pas le choix, il ne peut pas renier sa famille, mais il ne peut pas non plus faire un trait sur un baiser aussi bon.


1952. Comment a-t-il pu en arriver là ? Tout cela n'est qu'un cauchemar, un horrible cauchemar et il va bientôt se réveiller. Il se réveillera dans son lit, dans la caravane, et tout se passera pour le mieux, comme d'habitude. Il ira tuer des gens qui ne conviennent pas à sa famille et demain il ira retrouver Otsu à leur endroit. Ils passeront des moments inoubliables comme ils l'ont fait pendant ces 11 derniers mois.
La famille Black a bien entendu changé de ville, mais Otsu a tenu à suivre le mouvement discrètement. Cela deux fois de suite. Ce jeune homme est exceptionnel.
Pourtant, aujourd'hui, il n'est pas considéré comme exceptionnel.
Il aurait pourtant dû le savoir ! Il n'aurait jamais dû s'absenter trois soirée consécutives. Trop risqué de se faire repérer. Et c'est ce qu'il s'est passé.
Comme d'habitude, il avait rejoint Otsu au centre-ville. Ils avaient bu un verre puis avaient atterris dans une chambre d'hôtel. Ils venaient d'arriver aux abords de la ville et Otsu n'avait pas eu le temps de trouver un appartement où ils pourraient se retrouver.
Les absences à répétition de Nicolas avaient alerté son clan, et sans qu'il n'ait rien deviné, il s'était fait suivre. Quelle ironie de se faire trouver par son père au lit avec un autre homme d'origine japonaise !


Son monde s'était écroulé à cet instant, quand la porte s'était ouverte sur le regard glacial de son père. Otsu avait été tiré de force du lit, la poigne de l'oncle de Nicolas enserrant ses cheveux. Il avait été ramené au village et Nicolas n'avait eut d'autre choix que de suivre.
Un conseil avait été tenu. Rapide, concis. Il n'y avait pas à tergiverser, la sentence était tombée.


Au milieu de la place du camp, Otsu est prostré, le visage tuméfié par les coups. Les larmes brûlent les joues de Nicolas alors qu'il assiste, impuissant à la scène, retenu fermement par ses oncles.


« Voyez cette bête immonde mes frères, scanda Enzo. Un monstre qui séduit nos garçons, qui les perverti et se les approprie ! C'est contre cela que nous luttons, contre les monstres qui osent s'en prendre à notre famille, qui osent même s'en prendre à mon fils ! Accepterons-nous cela mes frères ? »


Un brouhaha s’élève de tous les membres du clan réunis. Otsu sert d'exemple. Il avive la flamme de la haine dans le cœur des hommes et des femmes alors qu'il n'est qu'un être fait de douceur et d'amour. Les larmes sur les joues de Nicolas redoublent et des plaintes échappent à sa gorge serrée.
Son père se tourne vers lui et scande à nouveau :


« Voyez ce que ce monstre a fait de notre héritier, voyez ce mal qui le ronge ! Notre devoir est de le purger, de le remettre dans le droit chemin ! »


Une acclamation collective tambourine à ses oreilles, martelant ses tympans. Il voudrait devenir sourd, ne plus entendre ces cris, ces mots de haine. Il voudrait devenir aveugle pour ne plus voir ce corps prostré qui ne lutte même plus et qui accepte sa fin.
Les yeux verts-gris se tournent vers lui et Nicolas est foudroyé de voir un sourire se dessiner sur le visage de son amant. Le revolver de son père se pose sur ses cheveux noirs qu'il a tant de fois caressés. Le monde est cruel. Il aurait pu cacher Otsu aux yeux de son père, le garder dans l'ombre à ses côtés. Et cette sérénité sur ce visage triste ne fait que plus lui fendre le cœur.


La détonation déchire l'air, déchire ses tympans et le sang tâche de façon indélébile sa mémoire. Le corps s'affaisse et lui ne peut plus tenir sur ses jambes. Il échoue sur le sol alors que les cris de jubilation l'entourent.
Son père s'approche de lui. Des gouttes de sangs ont tâché sa chemise. Il est là, devant lui, immense. Et ses paroles l'achèvent.


« Dans deux jours, tu seras marié à Elsa. Tu auras un fils et tu prendras la tête de la famille. Tu ne parleras plus jamais de lui et tu n'iras nul part seul dès à présent. »


Tel est le prix à payer pour quelqu'un qui déshonore sa famille. La mort de son amour, un mariage forcé et l'obligation d'aller contre ses volontés.


Effectivement, Nicolas fut marié à Elsa, une jeune fille du clan, très jolie et adorable, mais il ne s'agissait pas d'Otsu. Il lui donna un fils 4 ans plus tard et prit la tête de la famille.
Découragé par la mort de son amant, il supporta sa charge jusqu'à ce que son fils prenne sa place. Il était alors âgé de 50 ans. Plus aucune charge ne le retenant, il quitta son clan et partit pour la France, rendre hommage à son ancien amant et à ses convictions en créant un village où chaque être persécuté pourrait trouver refuge : Le Village d'Otsu.
FIN

A lire aussi ici : http://manyfics.net/fiction-ficid-4726.htm
Ou bien dans l'Edition spéciale 5 ans du Journal, ici : http://otsu.forumactif.com/h43-webzines

_________________
NJ

avatar

Admin




Revenir en haut Aller en bas

L'histoire de Nicolas et de la fondation du Village

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

Sujets similaires

-
» Pages d'histoire des hommes et des femmes d'Haiti et leurs épisodes» Page d'histoire: Tiresias Augustin Simon Sam, president.» Petite histoire aux grandes aventures :D» Une petite histoire ... pour se remonter le moral !» « Mais j'trouve pas de refrain à notre histoire... »
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Le Village d'Otsu :: Au Commencement d'Otsu :: Histoire d'Otsu-
Sauter vers: